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TÉMOIGNAGES SUR MARCELLIN CHAMPAGNAT - VOLUME II - APPENDICES
Au soin du Frère José Diez Villacorta
I.- LETTRES ET TÉMOIGNAGES ÉCRITS, REÇUS EN 1886, AVANT DE COMMENCER LE PROCÈS INFORMATIF DIOCÉSAIN
II.- "ARTICLES" SUR LA VIE DU PÈRE CHAMPAGNAT, COMPOSÉS EN 1887 PAR LE R.P. NICOLET, POSTULATEUR DE LA CAUSE, COMME INFORMATION PRÉSENTÉE AU TRIBUNAL
III.- SCHÉMA ET CONTENU DE TOUS LES "PROCÈS" ET DE TOUTES LES "POSITIONS" DE LA CAUSE DU PÈRE CHAMPAGNAT, ENTRE 1888 ET 1920.
Transcrits et présentés par le Fr.Agustin C. Carazo A. (ancien Postulateur général)
Un service de la Postulation générale ROME,
1991
APPENDICE I
LETTRES ET TÉMOIGNAGES ÉCRITS, REÇUS EN 1886, AVANT DE COMMENCER LE PROCES INFORMATIF DIOCÉSAIN
Parmi les archives des Frères Maristes à la Maison générale de Rome se trouve un gros carnet contenant des copies manuscrites de témoignages, sous forme de lettres ou de dépositions envoyées par diverses personnes en 1886, concernant la vie et les vertus du Père Champagnat, en vue de l'introduction de la Cause. Ces textes, au nombre de 39, proviennent soit d'ecclésiastiques (19), soit de laïcs des deux sexes (17), soit enfin de Frères Maristes: FF. Conon, Gentien et Théophane.
Avant de lire ces textes ici reproduits dans leur intégrité, il est intéressant de savoir pourquoi ils se trouvent là, rassemblés à part des actes du procès informatif "ordinaire".
Par sa circulaire du 2 février 1886, le R. Fr. Théophane, alors Supérieur général, lance les travaux en vue de l'introduction de la cause de Béatification du Père Fondateur et demande aux Frères "qui ont eu l'honneur de connaître le P. Champagnat, ceux qui en ont entendu parler, par les premiers Frères ou par d'autres personnes, de mettre par écrit tout ce qu'ils en savent..." (Circulaires, VII, p.256), et de lui envoyer ces notes au plus tôt. Un mois plus tard, du 1er. au 8 mars, le même Supérieur adresse une lettre "à Messieurs les Curés des Paroisses où sont établis les Petits Frères de Marie", et particulièrement à ceux qui sont originaires de Lavalla et alentours et à ceux qui ont pu connaître l'abbé Champagnat, leur demandant de "nous fournir des notes sur notre pieux Fondateur..., de nous faire connaître les traditions conservées à son sujet dans les familles chrétiennes" (Circulaires, VII, p.521).
De plus, Fr. Romain, de la communauté de l'Hermitage et qui sera témoin au procès, affirme qu'"en 1886, le Révérend Frère (Théophane) m'avait chargé de voir les personnes les plus âgées d'Izieux, de Lavalla et de Marlhes, etc... ainsi que les ecclésiastiques qui avaient pu connaître M. Champagnat" (Procès, 42e. session, écrit du Fr. Romain).
Les Frères étaient sans doute nombreux à répondre à l'appel de leur Supérieur. Mais comme plusieurs d'entre eux, 14 pour être concrets, allaient être témoins au procès informatif, ils ont dû refaire leur témoignage pour l'adapter aux exigences de l'Interrogatoire (du tribunal) et des commentaires qu'ils devaient faire aux Articles du Postulateur. C'est la raison pour laquelle leur première lettre, sans doute trop succincte, n'a pas été conservée. Il y a cependant des exceptions: la lettre du Fr. GÉRASIME (témoin 6) au Révérend Frère, versée aux actes du procès (voir documents de la 16e. session) et la lettre du Fr. GENTIEN (témoin 24) qui se trouve à la fois et dans les actes (session 33) et dans ce recueil (lettre Nº 27). Quant à l'écrit du Fr. Conon, le copiste du recueil a jugé opportun de ne pas le transcrire dans son intégrité. Mais l'ayant trouvé aux archives de Rome (AFM), je le reproduis ici en entier.
Par contre, les lettres des ecclésiastiques ont été conservées, même celles de six d'entre eux qui furent désignés par la suite comme témoins ou co-témoins d'office. Il en est de même des témoignages des 17 laïcs.
Les originaux de ces lettres-témoignages sont conservés à N.D. de l'Hermitage, du moins 25 d'entre eux. Il est compréhensible que les autres aient été versés aux actes du procès, comme on peut l'affirmer d'au moins 6 d'entre eux. Mais auparavant, par prudence et selon l'habitude, ou pour les faire parvenir au P. Nicolet à Rome, un copiste de Saint-Genis-Laval, ou Fr. Romain lui-même à l'Hermitage, a relevé ces textes dans le gros carnet déjà mentionné ci-dessus, et qui a été complété avec plusieurs textes du R. Fr. Théophane, par un autre secrétaire, avec une autre écriture.
C'est tout ce contenu qui est ici reproduit, dans l'Appendice I, exception faite du long écrit appartenant au R. Fr. Théophane, dont la plus grande partie est versée dans les actes du Procès, à la 43e. session.- ² mon tour, pour compléter ce carnet de témoignages obtenus en 1886, j'ai jugé utile de joindre à ce recueil une série de lettres et témoignages reçus postérieurement, pendant le déroulement du Procès.
À la fin de cette introduction, on ne peut oublier de mentionner la réponse enthousiaste que Fr. Sylvestre (Tamet) à su donner à la requête du R. Fr. Théophane. Il a collaboré en écrivant, non pas une simple lettre, mais toute une VIE du Fondateur, sous forme d'Articles, pour l'introduction de la cause. Son décès, survenu le 11 décembre 1887, a empêché que ce Frère célèbre fût un des témoins les plus qualifiés au tribunal diocésain qui allait instruire le Procès informatif sur la renommée de sainteté de vie, des vertus et des miracles du Père Champagnat. Néammoins, son écrit, soigneusement conservé dans nos archives, vient de mériter les honneurs de l'imprimerie sous le titre suggestif de "Frère Sylvestre raconte Marcellin Champagnat", livre édité à Rome pendant ce mois de janvier de 1992.-
Les auteurs des lettres et témoignages qui suivent nous racontent aussi leur expérience vitale de Marcellin Champagnat, l'homme, le chrétien, le religieux, le saint.
Fr. Agustín C. Carazo A.
INDEX DES LETTRES-TÉMOIGNAGES DE 1886 À 1890
Données: Nº d'ordre d'apparition dans l'appendice I, auteur de la lettre et lieu de provenance, date et participation ou non comme témoin au Procès.
01) Mgr. Dubuis, évêque de Galveston .. 29-09-1886 Non témoin.
02) Abbé Claude Me. Tissot, Balbigny ... 01-10-1886 Témoin 52
03) Abbé Messire (de l'abbé Piallard)... 30-09-1886 Non témoin
04) Abbé A. Rigothier, Coutouvre ....... 30-09-1886 Non témoin
05) Abbé L. Chavanne, aumônier Charlieu. 25-09-1886 Non témoin
06) Abbé Montdidier, St. Étienne ....... 04-10-1886 Témoin 38 (Sess. 35)
07) Abbé P. Jomard, Pouilly-les-Feurs .. 01-10-1886 Témoin 55 (Sess. 38)
08) Jean-François Badard, LV-Izieux .... 25-09-1886 Témoin 20 (Sess. 33)
09) Soeur Saint-Louis, Hermitage..... (sans date!) Non témoin
10) Mme Vve. Montellier et Jph. Montell. (sans date!) Non témoin
11) Mlle. Françoise Baché, Lavalla ..... 22-09-1886 Témoin 27 (Sess. 34)
12) MM. P-Me. et L-Me. Pascal, S.MeC. .. 29-09-1886 Tém.22/23 (Sess. 33)
13) Mlle. Angélique Séjoubard, Lavalla . 22-09-1886 Témoin 28 (Sess.34)
14) M. A. Chalayer, St.Genest-Malif. ... 06-10-1886 (Tém.49, sa femme) Sess.36
15) Abbé Chavanne, Villefranche ........ 05-09-1886 Non témoin
16) M. Elisée Neyrand, Chevrières ...... 06-10-1886 Non témoin
17) Abbé P.L. Malaure, Valbenoîte ...... 06-10-1886 Témoin 18 (Sess.30)
18) Abbé Richard, Chevrières ........... 08-10-1886 Non témoin
19) Abbé Mat. Bedoin, (neveu) Roanne ... 09-10-1886 Témoin 56 (Sess. 38)
20) M. Pierre Chatagnier, Marlhes ...... 24-10-1886 Ecrit (Sess. 45)
21) Abbé François Chaumier, Lavalla ... (sans date!) Témoin 33 (Sess. 34)
22) M. Jean-Me. Brunon, St.Genest ..... 26-03-1886 Témoin 40 (Sess.36)
23) Mme. Riocreux (Brunon), au Rozet .. 23-03-1886 Ecrit (Sess. 45)
24) M. Jean-Me. Epalle, au Rozet ...... 24-03-1886 Témoin 43 (Sess. 36)
25) Abbé Flacher, Tarentaise .......... 27-03-1886 Non témoin
26) Mme. Julienne Epalle, au Rozet .... 19-03-1886 Témoin 39 (Sess. 36)
27) Frère Gentien, LV-Izieux .......... 24-03-1886 Témoin 24 (Sess. 33)
28) Mgr. Bénigne Trousset, Autun ..... *22-06-1840 Non témoin
29) Frère Conon, St.Genis-Laval ....... 16-03-1886 Non témoin
30) M. François Courbon, au Rozet ..... 29-03-1886 Ecrit (Sess. 45)
31) Abbé Régis Courbon, St.Régis-C. ... 25-03-1886 Non témoin
32) M. Jacques Peyron, Marlhes ........ 07-03-1886 Ecrit (Sess. 45)
33) Abbé Mandier, Beaufort (Is.) ...... 11-03-1886 Non témoin
34) Abbé Chappard, Usson ............ *02-10-1888 Non témoin
35) Abbé Matt. Berne, St.Pothin, Ly ... 23-10-1886 Témoin 53 (Sess. 37)
36) Abbé Robitaille, Arras (PdC) ...... 18-10-1886 Non témoin
37) M. Moulin, Dr., Bourg-Argental .... 15-10-1886 Non témoin
38) Mme. Vve Sérisiat, LV-Lyon ........ 11-10-1886 Témoin 58 (Sess.38)
39) (Ecrits du R.Fr.Théophane, SG) ... (sans date!) Témoin 64 (Sess. 43)
40) Abbé Jean-Me. Boiron, Collonges ... (sans date!) Témoin 54 (Sess.38)
41) Abbé Chappard, Usson .............. 11-10-1889 Non témoin
42) R.P. Grenat, sm., St.Brieuc ....... 30-11-1888 Non témoin
43) Abbé Chappard, Usson .............. 01-11-1889 Non témoin
44) Abbé Roux, St.Denis-s-Coise ....... 13-10-1890 Témoin 60 (Sess.39)
45) M. Eugène Thiollière, St.Médard ... 17-10-1890 Non témoin
46) M. Elisée Neyrand, Chevrières ..... 18-10-1890 Non témoin
47) Abbé J.M. Chausse, St.Etienne ..... 01-12-1890 Non témoin
48) Mmes Vves Jayet et Moulin, S.Cham . 17-11-1888 *Ecrit (Sess. 17)
49) Mme. Vve. Jacquinot, Izieux-Paris . 18-11-1888 *Ecrit (Sess. 17)
50) M. Joseph Viollet, Doizieux ....... 19-19-1888 *Ecrit (Sess. 17)
Nº 1 : LETTRE DE MONSEIGNEUR DUBUIS, ÉVÊQUE DE GALVESTON (TEXAS, (USA).
Je soussigné, Monseigneur Dubuis, évêque de Galveston (Texas), Amérique du Nord, déclare avoir été admis par M. l'Abbé Champagnat en 1835, à entrer au noviciat de N. D. de l'Hermitage, près Saint-Chamond (Loire).
En m'y rendant, mon oncle maternel, Claude Dubost, curé de St.Marcel-l'Eclairé, dans le canton de Tarare (Rhône), s'opposa à mon projet, en me conseillant d'entrer dans l'état ecclésiastique. Mais la sainteté de Mr. Champagnat, était tellement répandue à Coutouvre, et ce que j'avais entendu dire des vertus de ce prêtre selon le coeur de Dieu, m'avait tellement impressionné, que, jusqu'à ce jour, j'ai toujours eu un attachement extraordinaire pour l'oeuvre qu'il a fondée et une grande admiration pour ce vénérable Prêtre.
J'ai même conservé, pendant 22 ans, avec respect, les deux lettres de mon admission au noviciat. Malheureusement, un incendie me priva de ces témoignages, que j'aurais été si heureux de produire aujourd'hui. Tout ce que j'ai entendu dire depuis, dans les différentes localités où j'ai administré le sacrement de Confirmation, sur la vie vraiment héroïque de cet homme de Dieu, me confirme de plus en plus dans l'admiration et la vénération que j'ai toujours eues pour lui et pour son oeuvre.
Fait à Coutouvre, le 29 septembre 1886.
+ C. M. Dubuis, évêque de Galveston.
Note: Cette lettre Nº 1 ne se trouve pas au recueil des originaux gardés à N.D. de l'Hermitage, mais on en fait mention dans l'index du dit recueil.
Nº 2 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ CLAUDE-MARIE TISSOT, CURÉ DE BALBIGNY (LOIRE).
Je soussigné, Claude-Marie Tissot, âgé de 75 ans, curé de Balbigny, dans le canton de Néronde (Loire), déclare avoir reçu les premiers éléments d'instruction profane et religieuse, de l'Abbé Champagnat, alors vicaire à Lavalla, mon lieu de naissance. C'est lui qui m'a préparé à ma première communion et je me rappellerai toujours avec bonheur qu'il nous conduisait deux fois par jour à une petite chapelle solitaire, éloignée du bourg. Là, il nous instruisait, nous faisait prier, chanter, garder le silence etc..., toutes choses qui me faisaient grande impression et dont j'ai gardé le souvenir.
J'ai vu arriver les 1ers. membres de son Institut; j'ai été témoin des premières leçons de vertu qu'il leur a données. J'étais jeune alors, et cependant, je les regardais lui et ses premiers disciples comme des hommes de Dieu par leur piété et leur mortification. L'Abbé Champagnat tout en formant ses premiers Frères ne négligeait en rien ses fonctions de vicaire et le souvenir de son zèle est resté dans la population entière. Avec le temps les vertus de ce vénéré Prêtre m'ont fait que prendre de l'accroissement. Dieu le préparait pour en faire un instrument de ses miséricordes sur les hommes; il a fondé une oeuvre qui fait le bien et ses vertus ont passé à sa postérité.
Aujourd'hui, comme pendant le cours de mes études et de mes premières années de vicariat, je puis attester que toutes les personnes de Lavalla et d'ailleurs qui ont une occasion de me parler de lui, ont toujours tenu l'Abbé Champagnat comme un homme prédestiné et possédant les vertus sacerdotales à un haut degré. Mr. l'Abbé Préher, curé de Tarentaise qui a fait une partie de mon éducation cléricale, nous parlait souvent de ce saint Prêtre et toujours avec la plus grande vénération. Mes parents l'ont toujours regardé comme un prêtre humble, pieux, d'un zèle infatigable et d'une mortification extraordinaire. Je me rappelle que, dînant un jour à l'Hermitage avec lui et Mr. Plesse, directeur du grand séminaire, lorsqu'on m'offrit le café, il se récria disant que c'était une fort mauvaise habitude pour un séminariste.
Etant prêtre, mes rapports avec Mr. Champagnat ont été moins fréquents; mais je puis attester que le souvenir de sa piété, de son zèle, de son esprit de mortification, dont j'ai été pendant plusieurs années l'heureux témoin m'ont toujours fait grande impression; je puis attester encore que le dernier entretien que j'ai eu avec lui a été un acte de zèle à mon égard.
Je regrette que mon grand âge ne me permette pas de me souvenir de certaines choses qui m'ont frappé et édifié dans ce prêtre selon le coeur de Dieu.
Fait à Balbigny, le 1er Octobre 1886.
C.M. Tissot, curé de Balbigny.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 52 (co-témoin 33), à la 37ème. session, Lyon 15-10-1890.
Nº 3: LETTRE DE MR. L'ABBÉ MESSIRE, À COUTOUVRE (LOIRE).
Je déclare avoir entendu dire par Monsieur Piallard, Curé archiprêtre de St Germain-Laval (Loire), mort cette année (1886) à l'âge de 84 ans, que le Père Champagnat, Fondateur de l'ordre des Frères Maristes, qu'il avait connu particulièrement, était un très saint Prêtre, un homme d'une grande vertu et d'une humilité extraordinaire, qu'il avait fondé l'ordre des Frères Maristes providentiellement et que tout le monde y reconnaît le doigt de Dieu.
J'ai toujours ouï dire par tous ceux qui l'ont connu et entendu parler de lui, qu'il était un homme extraordinaire, un homme regardé comme un saint.
Coutouvre, 30 septembre 1886.
Messire, prêtre.
Note: Le nom de l'abbé Piallard est aussi transcrit : Paillart, Paillard, Pralland.
Nº 4: LETTRE DE MR. L'ABBÉ MARIE-JOSEPH RIGOTHIER, CURÉ DE COUTOUVRE (LOIRE).
Je soussigné, âgé de 70 ans, curé desservant la paroisse de Coutouvre, diocèse de Lyon, département de la Loire, déclare que sans avoir connu personnellement le Père Champagnat, prêtre du diocèse de Lyon, fondateur de la société des Petits Frères de Marie, j'ai bien souvent entendu parler de lui comme d'un prêtre modèle, par sa simplicité, son zèle infatigable pour le salut des âmes, et surtout par son dévouement héroïque pour la création et le développement de la susdite Société des Petits Frères de Marie.
Coutouvre, 30 Septembre 1886.
Ant. M.Jh. Rigothier.
Nº 5: LETTRE DE MR L'ABBÉ CHAVANNE, AUMÔNIER DE CHARLIEU, (LOIRE).
Je soussigné, ai l'honneur de certifier à qui de droit que le Révérend Père Champagnat, fondateur des Petits Frères de Marie, dans ma paroisse natale, et que j'ai eu l'honneur et le bonheur de connaître et d'apprécier, possédait à un très haut degré toutes les vertus qui constituent le prêtre selon le coeur de Dieu.
Il se distingua surtout par son humilité profonde, son zèle ardent pour l'instruction et l'éducation chrétiennes de l'enfance et de la jeunesse; par son respect et sa soumission envers tous ses Supérieurs; son esprit d'immolation, de renoncement et de sacrifice qu'il a su si bien communiquer aux membres de son Institut, si fécond de nos jours en fruits de science et de piété, et dont chaque jour je suis, depuis 14 ans, l'heureux témoin au pensionnat de Charlieu.
Ce 25 Septembre 1886.
L. Chavanne, Aumônier des FF. à Charlieu.
Nº 6: LETTRE DE MR. L'ABBÉ MONTDIDIER, CURÉ DE LA NATIVITÉ, ST. ÉTIENNE (LOIRE).
Je soussigné, curé de la paroisse de la Nativité à St. Etienne (Loire), atteste avoir entendu souvent parler de Mr. l'abbé Champagnat par Mons. Rolland, mon vénérable oncle, décédé le 31 mai de la présente année, à l'âge de 84 ans. Chaque fois sa conversation sur cet homme de Dieu sentait une profonde vénération pour ses vertus, son zèle, son désir ardent de l'amour de Dieu et du bien du prochain. Pendant son séjour à Marlhes comme Curé, il avait connu pendant 6 ans la famille du serviteur de Dieu et tout ce qu'il voyait et entendait ne faisait que confirmer sa haute estime pour Mr. Champagnat.
St Etienne, le 4 Octobre 1886
Montdidier curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 38 (co-témoin 19), à la 35ème. session, Hermitage 24-09-1890.
Nº 7: LETTRE DE MR. L'ABBÉ PIERRE JOMARD, CURÉ DE POUILLY-LES-FEURS (LOIRE).
Je soussigné Pierre Jomard âgé de 64 ans, curé de Pouilly-les-Feurs (Loire), déclare avoir connu l'Abbé Champagnat dans mon enfance lorsqu'il venait visiter les Frères Maristes et ses Frères à Valbenoîte; plus tard ayant été envoyé à la manécanterie de Lavalla, je l'ai vu encore plus fréquemment et toujours j'ai été frappé de ses vertus enracinées dans une foi vive et con fiante.
Mon père qui estimait beaucoup ce digne ecclésiastique vint lui faire une dernière visite au commencement de Juin 1840. Je l'accompagnais; Mr. Champagnat, à ce moment, était bien malade. Comme je m'approchais du lit pour l'embrasser, il me dit: ; ces paroles qui peignaient si bien l'humilité profonde du malade, me touchèrent profondément. Un instant après il ajoute:
Avant de me retirer, il me bénit ainsi que ma famille, et cette bénédiction m'a porté bonheur. Toute ma vie, je conserverai le souvenir d'une entrevue si pleine pour moi d'édification et de consolation.
Quelques jours après j'assistais à ses funérailles auxquelles étaient accourues un grand nombre de personnes qui le regardaient et vénéraient comme un grand serviteur de Dieu. Depuis, dans ma vie de prêtre, toutes les fois que j'ai entendu parler du Fondateur des Petits Frères de Marie ça toujours été avec une grande vénération pour ces vertus humbles et modestes que j'avais admirées en lui et qui ont toujours caractérisé l'homme de Dieu.
Fait à Pouilly-les-Feurs, le 1er Octobre 1886.
Jomard, Curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 55 (co-témoin 36), à la 38ème. session, Lyon 22-10-1890.
Nº 8: LETTRE DE MR. J.FR. BADARD, À IZIEUX (LOIRE).
Je soussigné Jean-François Badard, âgé de 76 ans résidant au Pré Château, commune d'Izieux, déclare avoir eu des rapports fréquents avec Mr. Champagnat.
Je l'ai toujours reconnu comme un homme incomparable, très austère pour lui-même, il portait le cilice, austère même pour les autres, mais toujours pour leur bien; doux, affable et toujours en bonne conversation avec tous. C'était le père de la commune de Lavalla, il a fait un bien incompréhensible au pays; tout le monde le vénérait, l'aimait... Il était tellement ardent et zélé qu'il aurait donné sa vie comme les martyrs.
Je lui servais sa messe, sa piété me ravissait tout jeune que j'étais. Mon père, qui était sacristain à ce moment, nous racontait tous les soirs quelque chose du St Prêtre. C'était généralement de sa mortification et de son zèle qu'il nous entretenait : tre arrivé à temps pour administrer un tel"..."Qu'il y avait du monde à l'église ce matin, Mr. l'Abbé a fait pleurer tout son auditoire.»
Que des choses édifiantes j'aurais à dire si je n'étais pas si vieux! Mr. Champagnat est un saint et ses premiers Frères aussi. Je les ai vus à l'oeuvre; j'ai vu leur travail, leur mortification, leur piété, toutes ces choses m'ont fait beaucoup de bien.
Fait à Izieux, le 25 Septembre 1886.
Badard.
Vu pour la légalisation de la signature de Mr. Badard qui est mon paroissien, homme de bon jugement et incapable d'inventer ce qu'il ne sait pas de source certaine. on peut avoir pleine confiance dans sa déposition.
Couchoud, curé d'Izieux.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 20 (co-témoin 1), à la 33ème. session, Hermitage 22-09-1890.
Nº 9: LETTRE DE MADAME SOEUR SAINT-LOUIS, HERMITAGE, LOIRE.
Je soussignée, Soeur St Louis, âgée de 70 ans, résidant à l'Hermitage depuis 1840, déclare n'avoir pas vu le Père Champagnat mais en avoir entendu parler très souvent par Fr. Stanislas et les autres Frères, par les voisins et surtout par Gabriel* Faillasson.
"Mon père, dit souvent Gabriel*, venait fréquemment à l'Hermitage voir mes frères religieux au couvent, et chaque fois il travaillait plusierus jours avec les manoeuvres. Quand il se rendait à la maison il nous disait: 'L'Hermitage est un paradis: on prie, on travaille, on s'aime, on garde le silence et le Père Champagnat est toujours le 1er à tout, le plus édifiant de tous; il entraîne tout le monde par l'amour et la vénération qu'on lui porte'.»
"A son retour de Paris, le Père Champagnat vint voir mon jeune frère qui venait d'expirer, et il nous raconta qu'il avait bien souffert du froid, logeant au 6ème. sans feu; aussi était-il tout défait; cette mortification et ce mépris continuel de son corps qu'il appelait son cadavre m'a profondément touché et j'en ai toujours conservé un précieux souvenir.»
"Depuis la mort du Père, j'ai toujours une grande confiance en son intercession et je l'ai invoqué en bien des circonstances critiques. En 1873, je restai cloué (clouée) 6 semaines sur un lit, en proie à de grandes douleurs; un jour j'étais tellement malade que cher Frère François vint me voir et me dit: 'Les Frères ont trop besoin de vos services, invoquez le Père Champagnat, il vous guérira'. Je le fis, et 2 ou 3 jours après, je pouvais reprendre mon travail. En reconnaissance de cette faveur et de beaucoup d'autres, je vais souvent sur la route et là en face du cimetière, je prie, je remercie le bon père de sa protection sur moi.»
"J'aimais le voir à la messe, on l'aurait pris pour un séraphin; à la visite de 11h 1/2, d'autres personnes et moi nous assistions presque toujours à la récitation de la prière; 'Nous vous saluons, très douce Marie,etc...' tellement le Père y mettait de l'onction en la récitant»
"A l'Hermitage, quand le Père n'y était pas, il semblait qu'il n'y avait plus personne à la maison, tant son absence faisait du vide".
"Les voisins de l'Hermitage et surtout la famille Bertholon, de Lardière, s'étant aperçue que le Père Champagnat se privait même du nécessaire par esprit de mortification et parce qu'il manquait de tout, lui apportaient journellement du laitage frais, beurre, fromage etc, ce que le bon Père acceptait toujours pour sa communauté, non pour lui.-
Dans tout le voisinage on vénérait le Père Champagnat. Un jour qu'il devait prêcher à St Julien-en-Jarrez*, Mr. le Curé en annonçant le sermon à ses paroissiens leur dit: 'Mes frères, le saint de l'Hermitage vient nous prêcher', et l'église se remplit.»
Soeur St Louis.
NOTES: * Ce doit être GABRIELLE Fayasson. Sur cette confusion de noms (Gabriel-Gabrielle), voir la longue note qui suit à l'Article 373, Appendice II.
* La dénomination 'Jarrez', toponymique d'une série de villages de la région du Gier, peut adopter d'autres orthographes: Jarez, Jarret, Jarrêt...
Nº.-10: LETTRE DE MME. VVE. MONTELLIER MOTIRON ET MR. JOSEPH MONTELLIER, À L'HERMITAGE (LOIRE).
Les soussignés, Madame Veuve Montellier Motiron, rentière et propriétaire à l'Hermitage, commune de St. Martin-en-Coailleux, âgée de 68 ans, et Monsieur Jph. Montellier, propriétaire industriel au même lieu, 45 ans.
Témoignage de Mme. Vve. Montellier: Je suis heureuse de l'occasion qui m'est offerte de rendre hommage à la mémoire vénérée du pieux fondateur des Frères Maristes, le Révérend Père Champagnat. En 1829, mon père est venu de St Chamond s'installer dans une fabrique, à environ mille mètres de l'Hermitage, et peu après achetait à M. P-M. Montellier qui devint plus tard mon beau-père, la part de propriété attenante à celle vendue 6 ans plus tôt au R.P. Fondateur.
Ce qui précède a pour but de montrer les rapports de parfaite connaissance et d'intimité, ayant existé entre ma famille et Mr. Champagnat.
J'ai assisté souvent au St Sacrifice de la Messe célébré par lui et toujours j'étais édifiée du respect et de la dignité de son maintien à l'autel, sa foi en la providence était telle que dans les grands embarras d'argent inhérents à toute oeuvre de Dieu, je n'ai jamais vu sa sérénité altérée. Interpellé un jour par un de ses fournisseurs pendant la construction de l'Hermitage, comment il pouvait trouver les ressources nécessaires à l'achèvement de son oeuvre, le bon Père lui répondit: *.
Le dimanche matin, il m'a souvent été donné d'assister aux méditations qu'il donnait à ses Frères dans la chapelle et chaque fois ceux qui comme moi avaient ce bonheur revenaient émerveillés de la piété solide et raisonnée du Père Champagnat.
Sa confiance en la Sainte Vierge était inaltérable. Un jour, le Père consulté par un ouvrier de nos voisins sur des dispositions à prendre pour la construction lui répondit: ; ce qu'il fit et peu après la solution était trouvée à la satisfaction de tout le monde.
J'ajouterai que sa mémoire est en vénération chez moi et que je m'efforce d'inspirer les mêmes sentiments de respect et d'admiration pour ce grand serviteur de Dieu à la jeune famille de mon neveu qui grandit autour de moi.
Mme Montellier Motiron.
Témoignage de Mr. Joseph Montellier: Je ne peux personnellement rappeler aucun souvenir du R.P. Champagnat n'ayant pas eu le bonheur de le connaître mais mon grand-père qui lui avait vendu la propriété de l'Hermitage, mon digne oncle, mort il y deux ans, avec lequel j'ai passé 25 ans, m'en ont souvent parlé en termes qui justifient tout ce qu'on peut dire sur sa piété, sa foi, sa pureté et la dignité de sa vie. J'appuie donc le témoignage de ma bonne tante avec laquelle je partage la vénération pour la mémoire du Vénérable Père Champagnat.
Joseph Montellier.
J'atteste que les auteurs de cette déclaration sont très dignes de foi.
Sorlin, curé.
NOTES: * Cette phrase "... je suis sûr qu'il ne se laissera pas protester*", doit avoir sans doute le sens de 'contredire', i.e. "que le bon Dieu ne protestera pas contre ce terme (débiteur)".
* Pour mieux pouvoir situer qui était cette femme, Madame Motiron-Veuve Montellier, voir: Procès, la longue note à la fin de la 3ème. session... et pour M. Montellier, voir Article 278 et les commentaires du Fr. Amphien, à la 17ème. session.
Nº 11: LETTRE DE MLLE. FRANÇOISE BACHÉ, À LAVALLA.
Je soussignée, Françoise Baché, âgée de 71 ans, déclare avoir assisté au catéchisme de Mr. Champagnat; et toute jeune que j'étais j'aimais à l'écouter et surtout à voir l'église pleine de grandes personnes qui suivaient assidûment l'explication du catéchisme. Il parlait simplement afin que les plus ignorants puissent le comprendre, mais il disait des choses si belles et si touchantes qu'il ravissait tous les coeurs; on se disait: "Allons au catéchisme, c'est Mr. Champagnat qui le fait".Et l'église se remplissait.
Le zèle avec lequel il cherchait aussi à réprimer les abus était admirable. La danse, l'ivrognerie, la lecture des mauvais livres attiraient surtout son attention. Mais on voyait si bien en lui l'homme de Dieu que tous cédaient à son zèle et à l'onction de ses paroles et la plupart des pécheurs consentaient à réparer leur désordre par la pénitence. Que de fois j'ai entendu parler et j'ai été témoin de l'ardente charité et de la pureté de coeur avec lesquelles il offrait les divins mystères; tout touchait en lui. Et lorsque plus grande j'allais le trouver à l'Hermitage pour lui confier la direction de mon âme, les salutaires avis qu'il me donnait me faisaient grande impression.
Mes parents qui faisaient ses souliers et ceux des 1ers. Frères, n'ont jamais eu la moindre difficulté avec lui; et dans ses rapports avec eux il était toujours digne, court et gai.
Je voudrais avoir toute ma jeune mémoire pour raconter ce que j'ai vu et entendu de ce saint prêtre; qu'il me suffise de déclarer que jamais personne n'a attaqué devant moi la vie et les oeuvres de cet homme de Dieu.
Fait à Lavalla le 22 Septembre 1886.
Baché Françoise
Je soussigné, curé de Lavalla, certifie que Mlle. Françoise Baché est une personne digne de foi et que l'on peut s'en rapporter à son témoignage.
F. Chaumier, curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 27 (co-témoin 8), à la 34ème. session, La Valla 23-09-1890.
Nº 12: LETTRE DE MR. P.M. PASCAL ET L.M. PASCAL À ST. MARTIN-EN-COAILLEUX, LOIRE.
Les soussignés: Pierre-Marie Pascal, comptable, ancien Receveur et Econome des hospices de la Ville de St. Chamond et Louis-Marie Pascal, propriétaire et ancien Secrétaire de la Mairie de St Martin-en-Coailleux, tous les deux domiciliés en la dite Commune, déclarent avoir connu le R.P. Champagnat depuis 1824, époque à laquelle il vint fonder à N.D. de l'Hermitage, sur la Commune du dit St.Martin-en-Coailleux, l'Etablissement des Frères Maristes, jusqu'en 1840, époque de sa mort. Nous l'avons vu venir chez notre père qui était alors Instituteur communal et Secrétaire de la susdite Commune et qui avait pour le R.P. Champagnat la plus grande estime et la plus profonde vénération. Beaucoup des personnes qui l'avaient connu, surtout de 1830 à 1840, professaient également pour le R.P. Champagnat la même estime et la même vénération. Pour nous, personnellement, nous n'avons connu le Père que superficiellement, à son arrivée dans cette commune, étant encore très jeunes; en 1824, l'un de nous n'avait que 8 ans et l'autre six ans. Ce n'a été que vers les dernières années de sa vie que nous avons pu apprécier le Père Champagnat; nous n'avons jamais eu le bonheur de l'entendre prêcher, mais nous avons eu celui d'assister à la messe quand il célébrait le Saint Sacrifice, surtout les jours de grandes fêtes. Nous étions frappés de sa grande piété et de son grand amour de Dieu quand il officiait et nous en avons conservé le plus vif souvenir. On sortait toujours de cette chapelle plus impressionné et aussi édifié que si on avait entendu un sermon bien éloquent sur l'amour de Dieu.
En foi de quoi nous avons signé la présente déclaration.
Fait à St.Martin-en-Coailleux, le 29 septembre 1886.
P.M. Pascal , L.M. Pascal
J'atteste que les auteurs de cette déclaration sont très dignes de foi.
Sorlin, curé.
Note: Cf. Procès, Témoins Nº 22 et 23 (co-témoins 3 et 4), à la 33ème. session, Hermitage 22-09-1890.
Nº 13: LETTRE DE MLLE. ANGÉLIQUE SÉJOUBARD, À LAVALLA (LOIRE)
Je soussignée, Angélique Séjoubard, âgée de 57 ans, sous-présidente de la congrégation des Enfants de Marie, déclare avoir entendu dire très fréquemment à mes parents et à d'autres que Mr. Champagnat était un saint, qu'il avait pratiqué toutes les vertus.
Mais ce que mes parents se plaisaient le plus à raconter c'était sa mortification et son zèle. Ce bon prêtre disait souvent que le jeûne, le cilice, la discipline, la modestie et le silence étaient nécessaires pour dompter la chair rebelle. Aussi était-il sévère pour lui-même et pour les autres. Un jour de carême, mes parents firent un assez long voyage avec lui; le soir, quoique bien fatigué, M. Champagnat ne voulut prendre que quelques grains de raisins secs. Jamais il n'acceptait rien, chez personne, pas même de l'eau. Et lorsque dans notre famille quelqu'un se plaignait de quelque chose, mes parents nous disaient:
Si, pendant le carême, certaines personnes de la paroisse ne pouvaient pas jeûner, il leur conseillait de faire quelque autre bonne oeuvre à la place. Combien de personnes m'ont raconté que M. Champagnat leur avait conseillé de ne manger le soir qu'un peu de pain avec des herbes, sans aucun mets substantiel, et que la fidélité à cette pratique leur avait été très salutaire.
En passant dans les rues si Mr. Champagnat rencontrait plu sieurs personnes causant ensemble, il leur disait: ; aussi, dès qu'on le voyait venir, on déménageait.
Mr. Champagnat aimait les malades de toute son âme; il les visitait, les soignait. les assistait à la mort avec une paternelle tendresse. Rien ne l'arrêtait, ni les difficultés des chemins, ni la nuit, ni la neige, afin que tous eussent la consolation de mourir munis des sacrements de l'Eglise. Il avait même conseillé à mes parents de se tenir de l'élixir de la Grande Chartreuse parce que, disait-il, lorsque j'en donne une cuillerée aux plus malades, cela me donne le temps de les administrer.
Mr. Champagnat montra tant de prudence, de zèle et de sainteté pendant les huit années qu'il passa à Lavalla, que les habitants n'ayant pu l'obtenir pour leur Curé, allaient fréquemment le voir à l'Hermitage pour se confesser et le consulter. Je connais bien des personnes qui avaient l'habitude de réciter un Pater et un Ave pour se recommander au St Prêtre, toutes les fois qu'elles apercevaient le cimetière de la Communauté et ces personnes avouaient que cette pratique leur attirait bien des grâces.
Pour moi, Mr. Champagnat est un grand serviteur de Dieu, et je regrette que la plupart des personnes qui m'ont parlé de lui avec tant d'estime et de vénération soient mortes aujourd'hui; elles raconteraient bien haut la sainteté et les oeuvres de ce digne prêtre.
Fait à Lavalla le 22 Septembre 1886.
Angélique Séjoubard.
Je soussigné, curé de Lavalla, certifie que Mlle. Angélique Séjoubard est une personne digne de foi.
Mr. Chaumier, curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 28 (co-témoin 9), à la 34ème. session, La Valla 23-09-1890.
Nº 14: LETTRE DE M. ANTOINE CHALAYER, À ST GENEST-MALIFAUX (LOIRE).
Je soussigné, Antoine Chalayer, domicilié à la Cellarière, commune de St Genest-Malifaux (Loire), déclare qu'au commencement de l'année 1879 ma fille Euphrasie fut atteinte d'une maladie de langueur qui l'empêchait de prendre sa nourriture habituelle et de suivre ses classes.
Au mois de mai, le mal s'accentuant de plus en plus, elle perdit ses forces et fut obligée de garder le lit. Le mal allait s'aggravant; nous désespérions même de la sauver lorsque le Ch. Fr. Barlaam, sacristain de l'Hermitage, passant dans nos contrées, fut surpris par la pluie et vint s'abriter sous le préau de la scierie. Nous l'invitâmes à rentrer; le lit de notre petite malade était alors à la cuisine. Le bon Frère nous donna une image du Père Champagnat nous engageant à le prier pour la guérison de notre enfant. La petite Euphrasie prit l'image avec confiance, la baisa et nous commençâmes ce même jour une neuvaine.
Le lendemain, dans l'après-midi, ma femme lavait à la rivière; la petite se lève et va la trouver; ma femme surprise lui dit aussitôt: Elle lui répondit: . Ma femme revint aussitôt à la maison avec elle, et à partir de ce jour, elle ne sentit plus aucun mal.Nous achevâmes la neuvaine en reconnaissance et nous fîmes un pèlerinage à La Louvesc.
Quinze jours après, le Ch.Fr. Barlaam passant à St Genest, on lui apprit que notre enfant était guérie. Il vint la voir, il la trouva dans le pré pleine de vie, nous aidant à tourner le foin. Aujourd'hui, 6 Octobre 1886, je suis heureux de constater la protection du bon Père Champagnat sur mon enfant, et de signer la présente attestation que me réclame le cher Frère qui nous a rendu un si grand service.
Fait à la Cellarière, le 6 Octobre 1886.
Femme Chalayer, pour mon mari.
Note: M. Antoine Chalayer est le mari de Françoise Dérale - Cf. Procès, Témoin 37 (session 35) et Témoin 41 (session 36). Voir aussi Article 374.
Nº 15: LETTRE DE MR. L'ABBÉ CHAVANNE, À VILLEFRANCHE (RHÔNE)
Villefranche, 5 octobre 1886.
Je regrette vivement de ne pouvoir vous rien dire d'important sur la sainte vie de Mr. l'Abbé Champagnat. Il me souvient que, à l'âge de 6 ou 7 ans peut-être, j'eus le bonheur d'assister, un dimanche, à sa messe, dans l'Eglise de St Martin, et que, pendant ce temps là, j'étais sous l'impression de la vénération qu'il inspirait dès lors dans le pays.
Je me rappelle surtout très bien avoir entendu le Vénérable Monsieur Duplay, ancien Supérieur du grand séminaire, raconter en chaire que Mr. Champagnat, dont il avait été, je crois conchambrier, remerciait Dieu de ne pas lui avoir donné de grands talents, ce qui l'eût exposé à l'orgueil (et il parlait ainsi dans sa profonde humilité).
Mon beau-frère Pascal, qui habite St Martin, pourrait peut-être donner quelques détails. Mais on dit que l'Abbé Chausse, écrivain de mérite et aumônier des Frères des Ecoles Chrétiennes à St Etienne, a probablement dans ses cartons des documents qui pourraient intéresser.
Je me souviens toujours, avec un bien doux bonheur, de notre pèlerinage à Paray-le-Monial, pèlerinage auquel votre compagnie donnait elle-même un charme pieux.
Et maintenant, mon bien cher et honoré Frère, veuillez aussi prier pour moi qui ne vous oublierai pas devant Dieu.
Tout à vous en Notre-Seigneur.
Chavanne.
Note : Ce curé Chavanne ne doit pas être confondu avec L. Chavanne, aumônier à Charlieu (lettre 5).
Nº 16: LETTRE DE MR. ELISÉE NEYRAND, MAIRE DE CHEVRIÈRES, (LOIRE).
Je soussigné, Elisée Neyrand, maire de Chevrières, membre du conseil d'arrondissement de Montbrison (Loire), âgé de 65 ans, certifie de la manière la plus formelle que, pendant toute ma jeunesse, j'ai entendu parler de Mr. l'Abbé Champagnat comme d'un saint, ne songeant qu'à Dieu et à son prochain, pour le servir et lui être utile, sans jamais s'occuper de sa propre personne, exerçant la pauvreté évangélique d'une manière absolue.
Je certifie que le Christ devant lequel il priait dans sa cellule est considéré et conservé dans ma famille comme la relique d'un saint.
Je certifie encore que la médecin qui lui a donné ses soins pendant sa vie et surtout pendant sa dernière maladie et qui le connaissait beaucoup, avait pour lui une telle vénération et un si grand respect pour sa sainteté, qu'il conservait son chapelet avec bonheur, et le regardait comme une relique sainte. Cependant ce médecin, quoique mort il y a quelques années très chrétiennement, n'avait pas alors une vie très régulière sous le point de vue religieux; et ne remplissait pas les devoirs qui nous sont imposés par la sainte Eglise.
Chevrières, ce 6 Octobre 1886.
Elisée Neyrand.
Note: M. Neyrand fut certainement invité à faire de témoin dans le Procès, comme le démontre sa 2ème. lettre du 18-10-1890 (voir Nº 46 ci-après).
Nº 17: LETTRE DE MR. L'ABBÉ MALAURE, CURÉ DE VALBENOÎTE À ST. ÉTIENNE (LOIRE).
Je suis né à Lavalla en 1823, à 3500 m. de l'Hermitage. J'étais trop jeune pour connaître Mr. Champagnat lorsqu'il était vicaire dans ma paroisse natale; c'est à peine s'il me souvient de l'avoir vu deux ou trois fois dans la maison de mon père; mes frères et soeurs plus âgés que moi, l'avaient connu, en parlaient souvent et toujours avec la plus respectueuse considération.
Dès que je pus trottiner par les sentiers difficiles de nos montagnes escarpées, j'eus souvent l'occasion de voir Mr. Champagnat. Tous les dimanches et fêtes nous allions entendre la messe à l'Hermitage. C'était moins la proximité qui nous y attirait que le souvenir de notre ancien vicaire, que nous regardions toujours comme nôtre. Il nous semblait que, dans sa chapelle, nous étions aussi bien chez nous que dans l'église de notre propre paroisse. Nous aimions à le voir lui-même dire la messe; à notre retour à la maison, nos parents nous demandaient avec une apparente satisfaction: Il nous était facile de comprendre qu'ils avaient du plaisir à se souvenir de lui.
Plus tard, à l'âge de 12 ans, j'habitais le village de La Valla pour suivre plus commodément les écoles, d'abord celle des Frères, disciples de Mr. Champagnat, ensuite celle du clergé paroissial, la manécanterie. Je cessai alors d'assister à la messe du P. Champagnat, mais je continuai d'entendre parler de lui et je déclare qu'à aucune époque je n'ai ouï contre sa personne une parole de blâme ou même de plaisanterie.
Je le voyais encore de temps à autre, tantôt à l'Hermitage, tantôt à Lavalla, premier théâtre de ses exploits, qu'il devait être heureux de revoir. Quelquefois, accompagné d'un autre digne et saint prêtre, M. Bedoin aîné, notre curé, il venait nous rendre visite en classe dans la maison même, hélas! bien pauvre, que ses premiers religieux avaient bâtie de leurs mains. Mais il avait au moins, en nous voyant, la douce consolation de constater par lui-même les heureux fruits que portait son oeuvre.
Son extérieur grave et sévère, sa voix grave et gutturale, inspirait d'abord une espèce de crainte, mais après l'avoir un peu considéré et entendu on ne tardait pas de ressentir pour lui-même une respectueuse sympathie. Ce respect, d'ailleurs, tout le monde l'éprouvait à Lavalla, en face de ce prêtre à figure austère et mortifiée; on le voyait bien à la manière modeste et retenue dont on se découvrait devant lui.
Je me souviens particulièrement que la famille Tissot, chez laquelle, pour être plus à portée de l'école, j'ai vécu 5 ans, famille considérée parmi les meilleures du pays où, pourtant, il n'en manque pas, Dieu merci! de très bonnes, avait pour M. Champagnat une très haute estime et le vénérait comme un saint.
J'étais alors bien jeune pour y faire attention, mais je ne pouvais m'en étonner, moi qui le savait en vénération dans ma famille et dans mon hameau.Ce qui m'a procuré le bonheur de voir de plus près et de mieux connaître Mr. Champagnat, c'est le séjour de ma marraine, ma soeur aînée, plus âgée que moi de 16 ans, au lieu dit Le Bachat, à 5 ou 6 cents mètres, au plus, de l'Hermitage. Là je rencontrais, presque tous les jours, Mr. Champagnat.
Partout, à Izieux comme à Lavalla, on le saluait, on l'accueillait avec les marques du plus profond respect. Ma soeur, qui avait été plus à même d'apprendre à le connaître, avait pour (lui) comme un culte religieux. On a dit et répété, qu'après l'accident qui nécessita pour elle une très dangereuse opération, elle attribua sa guérison à l'intercession du saint prêtre, alors décédé. Je ne pourrais pas garantir le fait, ne l'ayant pas reçu de sa propre bouche, mais il ne m'étonnerait pas, elle avait en la puissance du saint défunt tant de confiance. Et, d'autre part, elle se voyait sur le bord de la tombe. De 4 médecins qui avaient été appelés, un seul avait osé la traiter et, malgré l'opération et le traitement, la guérison n'arrivait pas. Oh! je n'hésite pas à croire qu'elle ait dû alors invoquer celui qui à ses yeux était un saint.
Après mon ordination en 1848, pendant les huit années que j'ai été professeur, je passais une grande partie de mes vacances à l'Hermitage; j'y remplissais dans tout leur ministère les aumôniers allant en retraite ou en voyage. Il m'est arrivé de demeurer tout seul prêtre dans la communauté; le bon et regretté Fondateur n'y était plus mais sa mémoire vivait, aimée et bénie. Les anciens qui avaient vécu sous sa paternelle direction en parlaient comme d'un saint et quelquefois les yeux baignés de larmes.
D'ailleurs cette réputation de sainteté était, je le répète, répandue au dehors. Après la mort de Mr. Champagnat, il n'était pas rare d'entendre ces paroles qui semblaient n'étonner personne: . ² mes propres yeux, Mr. Champagnat fut un prêtre pieux, zélé, désintéressé et détaché du monde et austère pour lui-même et, cependant, je crois plein d'une compatissante bonté pour les autres... Il y a peut-être bien là de quoi faire un saint...
Valbenoîte, 6 Octobre 1886.
Malaure, curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 18 -important-, à la 30ème. session, Lyon 01- 07-1889. (Je n'ai pas trouvé l'original de cette lettre, elle a dû passer au tribunal).
Nº 18: LETTRE DE MR. L'ABBÉ RICHARD, CURÉ DE CHEVRIÈRES, (LOIRE).
Moi, Joseph Richard, curé de Chevrières (Loire), âgé de 64 ans, atteste avoir toujours entendu parler de Mr. Champagnat, fondateur d'un ordre enseignant qui fait un bien immense dans une foule de régions, de la manière la plus élogieuse. Son esprit de détachement, de dévouement et d'humilité sont un sujet d'admiration.
Aussi il est en vénération en bien des lieux. On atteste même que des miracles ont eu lieu par son intercession.
Chevrières, 8 octobre 1886.
Richard, curé.
Nº 19: LETTRE DE MR. L'ABBÉ BEDOIN, CURÉ DE STE. ANNE, À ROANNE (LOIRE).
Mon cher Frère,
Vous m'avez demandé les divers renseignements que je pourrais fournir sur la vie de votre vénéré Fondateur, Monsieur l'abbé Champagnat. J'ai le regret de ne vous apporter que des témoignages de minime importance.
Je l'ai vu à la Cure de Lavalla en 1837, et les années suivantes; j'avais alors 7 à 8 ans, je n'étais qu'un enfant. Mais j'ai vécu pendant 14 ans à la Cure de Lavalla, où j'ai souvent entendu mon oncle, Mr. l'Abbé Etienne Bedoin, décédé curé de cette paroisse le 2 Août 1864, et qui avait eu Mr. Champagnat pour vicaire pendant 6 mois.
Toujours, et chaque fois que la conversation venait à rouler sur le fondateur des Petits Frères de Marie, Mr. le Curé de La Valla exprimait sa pensée sur son ancien vicaire, en affirmant nettement qu'il le considérait comme un saint prêtre, un homme de Dieu. Il parlait surtout de son grand esprit de foi, de son humilité, de sa confiance en Dieu, de son dévouement pour les malades, de son application pour faire les catéchisme et préparer ses instructions, de sa simplicité et de sa douceur avec les paroissiens et les confrères.
En affirmant ces choses Mr. le Curé de Lavalla avait un ton précis et bien convaincu qui indiquait la profonde estime qu'il avait pour un prêtre si humble et si dévoué. Je ne puis donc que vous apporter le témoignage et le jugement d'un prêtre qui l'a bien connu et qui a vécu dans son intimité.
Roanne, 9 Octobre 1886.
Bedoin, Curé de St Anne.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 56 (co-témoin 37), à la 38ème. session, Lyon 22-10-1890.
Nº 20: LETTRE DE MR. PIERRE CHATAGNIER, À MARLHES (LOIRE).
Je soussigné Pierre Chatagnier, âgé de 86 ans, déclare avoir vu Mr. Champagnat dire sa 1ère. Messe à Marlhes. Ce jour-là, Mr. Allirot fit sonner la grosse cloche et l'église se remplit de monde pour voir officier celui qui se faisait tant craindre et aimer au Rozet.
Je regrette de ne rien savoir de particulier de la jeunesse de Mr. l'Abbé Champagnat; au moment où il faisait ses études j'étais encore jeune et j'habitais le bourg. Cependant je puis assurer que je l'ai toujours vu pieux et édifiant.
Au dire de tous ceux qui l'ont connu intimement, ce saint prêtre possédait toutes les vertus sacerdotales.
Fait à Marlhes, 24 Mars 1886.
Pierre Chatagnier.
Je soussigné certifie que Pierre Chatagnier jouit de ses facultés mentales et mérite confiance.
Granottier, Curé de Marlhes.
Note: Cf. Procès, écrit Nº 1 reçu à la 45ème. session, Lyon 12-02-1891.
Nº 21 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ CHAUMIER, À LAVALLA (LOIRE).
Sur la foi d'un certain nombre de vieillards de ma paroisse qui ont connu le Père Champagnat et dont j'ai reçu le témoignage, j'atteste que le pieux fondateur de l'Institut de Petits Frères de Marie a donné constamment, pendant les huit années qu'il a passé à Lavalla en qualité de vicaire, l'exemple des vertus les plus admirables.
On se plaît encore à raconter dans les familles, son zèle pour répandre l'instruction religieuse jusque dans les hameaux les plus reculés, pour préparer les enfants à la première communion et pour réprimer les abus alors si nombreux parmi la jeunesse, surtout les danses et les réunions entre jeunes gens et jeunes personnes.
Les vieillards interrogés par moi sont Pierre Frécon, Jean Martel, Jean-Jacques Jabouley, Jean F. Chapard, Jean Martel, Jean-Claude Baché, tous demeurant au bourg de Lavalla.
F. Chaumier, curé de Lavalla.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 33 (co-témoin 14), à la 34ème. session, La Valla 23-09-1890.
Nº 22 : LETTRE DE MR. JEAN-MARIE BRUNON, GREFFIER À ST GENEST-MALIFAUX (LOIRE).
Je soussigné, Jean-Marie Brunon, âgé de 63 ans, greffier de la justice de paix du canton de Saint Genest-Malifaux (Loire),
Certifie, pour rendre hommage à la vérité, avoir vu plusieurs fois le Père Champagnat, fondateur des Frères Maristes de l'Hermitage, commune de St Martin-en-Coailleux, rendre visite à ses Frères Instituteurs dans la commune de Marlhes, que je fréquentais alors. Son air mortifié, son zèle, son ardeur pour nous apprendre le catéchisme, son humilité et surtout son maintien grave, sérieux, m'inspirait, ainsi qu'à tous mes condisciples, un grand respect pour ce digne prêtre.
Je me rappelle et me souviendrais toujours, les sages et salutaires avis qu'il nous donnait dans ses courtes entrevues; mes parents et les parents de mes voisins nous répétaient sans cesse d'imiter le Père Champagnat que nous regardions tous comme un Saint.
Le souvenir, les traits de ce vénéré prêtre ne s'éffaceront jamais de ma mémoire; à tout jamais, je me souviendrai de sa vertu, de son recueillement surtout lorsqu'il disait la sainte Messe.
St. Genest-Malifaux, le 26 Mars 1886.
Jn Mrie Brunon, Greffier.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 40 (co-témoin 21), à la 36ème. session, Marlhes 25-09-1890.
Nº 23 : LETTRE DE MME RIOCREUX, NÉE BRUNON, À MARLHES (LOIRE)
Dame Riocreux, née Brunon, du Rozet, âgée de 82 ans et domiciliée actuellement à la maison de Mr. Chirat au bourg de Marlhes, déclare que son plus grand bonheur est de parler de l'abbé Champagnat et des vertus qu'il a pratiquées.
C'était un modèle parfait, tout le monde admirait sa modestie, sa simplicité, son zèle pour instruire les ignorants, sa confiance en Dieu qui se manifestait par les bonnes paroles qu'il savait dire à tous ceux qui se trouvaient dans la peine. On le voyait toujours calme et pieux; il paraissait constamment s'entretenir avec Dieu.
Cette bonne dame regrette que sa mémoire lui fasse défaut; elle voudrait pouvoir raconter tout ce qu'elle a entendu dire de la vocation du jeune Marcellin, des catéchismes qu'il faisait au Rozet, etc. Pour moi c'est un saint, a-t-elle ajouté, et toutes les fois que je vois son image, je me recommande à lui... Mr. Chirat, chez qui elle réside, a connu aussi le Père Champagnat et il assure que tout ce qu'on vient de dire de ce bon prêtre est la vérité; on ne pourra jamais en dire assez de bien, a-t-il ajouté.
Fait à Marlhes, le 23 Mars 1886.
Cette déclaration a été faite et lue en présence des 2 sous-signés:
Chirat - Brunon .
Mr. le curé de Marlhes dit qu'ils sont parfaitement sains d'esprit et dignes de foi.
Granottier, curé.
Note: Cf. Procès, écrit Nº 2 de Mme. Riocreux, à la 45ème. session, Lyon 12-02-1891.
Nº 24 : LETTRE DE MR. JN MRIE. ÉPALLE, À MARLHES (LOIRE).
Je soussigné, Jean-Marie Epalle, né au Rozet en 1811, et sauvé de la mort un an et demi après, par le dévouement et les prières de Marcellin Champagnat et de ma soeur Julienne, déclare que ledit séminariste a fait un grand bien au Rozet par ses exemples, ses catéchismes et même ses réprimandes.
Je ne puis pas dire tout le bien que l'abbé Champagnat a fait au Rozet, parce que j'étais trop jeune, je ne faisais pas assez attention; mais sa physionomie et sa bonté ne sont jamais sorties de ma mémoire.
Combien de personnes m'ont raconté sa piété, son zèle pour empêcher l'offense de Dieu, son ardeur au travail, etc. Encore tout petit enfant il se tenait à l'église comme un ange; dans sa famille, il préférait rester avec sa mère et lui aider dans le soin du ménage que de s'amuser avec les autres enfants. Il n'aimait pas voir les petits garçons de son âge s'amuser avec les petites filles, et il leur disait que ce n'était pas bien.
Plus tard, lorsqu'il fut à Verrières, il passait ses vacances à s'instruire ou à travailler à la ferme. On montre encore aujourd'hui, la petite chambre retirée où il passait la plus grande partie de ses journées, et les murs de clôture du jardin bâtis par lui. Jamais on ne le voyait perdre son temps chez les uns ou les autres.
Les vieillards ne se rappellent pas, sans émotion, les pieuses instructions qu'il leur faisait pendant ses vacances du Grand Séminaire, et surtout la terreur qu'il leur inspirait quand il les surprenait à danser. Actuellement encore, nous autres vieillards, lorsque nous voyons la jeunesse faire le mal, nous pensons: "Si Mr. Champagnat était là!".
Je déclare donc de nouveau que l'abbé Champagnat était un saint prêtre, qu'il a donné l'exemple de toutes les vertus, qu'il a fait un si grand bien à Marlhes et que ce bien se continue encore par le souvenir de sa sainte vie.
Fait à Marlhes, ce 24 Mars 1886.
Épalle.
Certifié digne de foi.
Granottier, curé.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 43 (co-témoin 24), à la 36ème. session, Marlhes 25-09-1890.
Nº 25 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ FLACHER, CURÉ DE TARENTAISE (LOIRE).
Le 26 mars 1886 un Frère Mariste m'a fait la question suivante:
- Mr.le curé, avez-vous connu l'abbé Champagnat?
- Oui, j'ai eu l'honneur de connaître ce bon prêtre, qu'on peut en toute vérité appeler , homme de Dieu.
Il sortit du grand séminaire avec l'esprit sacerdotal et, en fidèle serviteur, il fit valoir le talent qu'il avait reçu du Maître. On peut dire de lui ce que St Paul dit de notre Divin Sauveur: (Actes des Apôtres chapitre 10 vers.38).
Mr. l'abbé Champagnat fut un des hommes dont l'Esprit Saint a dit: "Beatus vir qui inventus est sine macula et qui post aurum non abiit nec speravit in pecunia et thesauris" (Eccl.31,1)
Flacher, Curé 27 mars 1886.
Nº 26 : LETTRE DE MME. JULIENNE ÉPALLE, VEUVE MATHAUD, À MARLHES (LOIRE).
Je soussignée Julienne Épalle, veuve Mathaud, âgée actuellement de 86 ans, et habitant le Rozet à l'époque où l'abbé Champagnat faisait son grand séminaire, déclare qu'alors le jeune abbé était dévoré de zèle pour la gloire de Dieu.
Dès la première semaine des vacances du grand séminaire, il dit à quelques habitants du Rosey: IF vous veniez " La petite chambre se remplit. Les dimanches suivants, on accourait des hameaux de la Frache, la Faye, Ecotay, Marconière, Montaron, Allier; et la chambre étant trop petite, il se tenait sur le seuil de la porte et parlait à l'auditoire qui remplissait la chambre et une pièce avoisinante. Tout jeune qu'il était, il prêchait si bien que les enfants et les grandes personnes restaient souvent deux heures sans s'ennuyer. Bon nombre de personnes du bourg de Marlhes venaient l'entendre; on remarquait surtout la supérieure des Soeurs de St Joseph.
Il nous parlait souvent des missions et du bonheur de convertir des âmes à Jésus. Mon frère, Mgr Epalle, martyrisé en Océanie en 1854, m'a dit plusieurs fois que la pensée de se faire missionnaire lui était venu à l'âge de 9 ans, inspirée par l'Abbé Champagnat.
L'abbé Champagnat était sévère et riait peu; malgré cela on l'aimait. Il ne permettait pas qu'on dansât dans les fermes du Rozet et même des villages voisins. Lorsqu'il apprenait qu'une réunion de ce genre avait lieu, il s'y rendait en adressant de sévères réprimandes à ceux qui n'avaient pas eu le temps de fuir et de se cacher.
Pendant tout le temps des vacances l'abbé Champagnat restait chez lui; hors de là, on ne le voyait qu'auprès des malades, les consolant par de bonnes paroles ou à l'église toujours dans une tenue très édifiante. Il était très humble, très mortifié; chez lui, il ne portait qu'une soutane très grossière et se contentait de la nourriture ordinaire de ses parents sans jamais rien accepter chez les autres; il menait déjà la vie d'un saint.
Pour faire plaisir à mes parents qui étaient voisins de la maison Champagnat, il consacrait tous les jours quelques heures à nous instruire; moi qui étais l'aînée, j'avais alors 11 ans, je me souviens toujours de la dignité du jeune séminariste et des bons conseils qu'il nous donnait pour notre conduite entre enfants, à l'égard de nos parents, et du bon Dieu...
Un jour ma mère étant partie en campagne, on m'avait confiée la garde de mes frères; mon petit frère Jean-Marie, âgé de 15 mois, tomba dans l'eau; aux cris que je poussais, en voyant l'enfant noyé, tout le monde accourut; l'abbé Champagnat aussi prompt que l'éclair saisit l'enfant en s'écriant: . Mais nos soins et nos prières le rappelèrent à la vie. Je compris alors que le séminariste était un ami de Dieu.
La mère de l'abbé Champagnat était aussi une sainte personne. Elle restait chez elle et donnait tous les soins à bien élever sa famille qui a laissé une très bonne réputation au pays, entre autre une fille nommée Rose qu'on a toujours regardée comme une sainte, et notre bon abbé Champagnat.
Lorsque Mr. Allirot demanda un des garçons Champagnat pour le sacerdoce, leur mère fut toute heureuse du choix que le bon Dieu fit de son petit Marcellin qu'elle aimait, on peut dire, plus que les autres, à cause de ses vertus. J'ai entendu raconter à la vielle Catherine et à d'autres que cet enfant avait gagné 500 frs. en faisant un petit commerce de moutons, et qu'il fut tout heureux d'offrir cet argent à sa mère pour payer le trousseau et les premiers frais de son entrée à Verrières. Après une année d'études, le Supérieur du petit séminaire trouva que l'enfant n'avait pas assez de talents pour continuer, ce qui affligea beaucoup Marcellin; mais sa mère releva son courage en lui disant: - En effet le Supérieur le reçut, et cette année il fit deux classes.
Tout ce que je peux dire, tout ce que j'ai entendu dire du Père Champagnat, c'est qu'il a excellé dans toutes les vertus. Je crois même qu'il a été prédestiné.
Je me souviens avoir entendu dire par des personnes de l'époque que lorsque Marcellin était au berceau, sa mère vit un jour du feu sortir de la poitrine de l'enfant, ce qui la combla de joie, mais il paraît qu'elle aurait voulu savoir ce que cela signifiait.
Fait à Marlhes, le 19 Mars 1886.
Julienne Épalle, Veuve Mathaud.
Je soussigné certifie que Julienne Epalle jouit de ses facultés mentales et mérite toute confiance.
Granottier, Curé de Marlhes.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 39 (co-témoin 20), à la 36ème. session, Marlhes 25-09-1890.
Nº 27 : LETTRE DU FRÈRE GENTIEN, À IZIEUX (LOIRE).
Mon Révérend Frère Supérieur,
Voici quelques-uns de mes souvenirs et impressions concernant le P. Champagnat pendant mon séjour à Lavalla.
D'abord sa piété. Il en a laissé des traces jusque sur les murs de sa chambre, cette modeste chambre qui n'a que 6m de long, 4 de large et 2,50 de hauteur. Oh! si les murs parlaient! dit-on quelque fois. - Eh bien! les murs et les planchers même de cette chambre m'ont toujours dit: Le Père Champagnat était rempli de l'esprit de piété et de l'esprit de pauvreté. Permettez-moi de reproduire les sentences religieuses qu'il avait écrites en gros caractères sur les murs de sa chambre, et que j'ai fait ressuivre par le Frère Cécilien (car elles avaient disparu en partie).
1.- Bénie soit la très pure et très immaculée conception de la Bienheureuse Marie, Mère de Dieu.
2.- À Dieu seul toute la gloire.
3.- Loué soit le très Saint Sacrement de l'autel.
4.- De votre feu céleste, embrasez tout mon coeur,
5.- Jésus tout mon amour, Jésus tout mon bonheur. (Note)
Sa chambre et surtout le parquet (oui c'est bien un parquet, une sorte de mosaïque) nous disent son amour de la pauvreté. Cette mosaïque composée de larges planches mal jointes, de quelques briques, et dans un autre coin de plusieurs grosses pierres plates du pays et polies ou taillées surtout par les clous de la chaussure, tout ceci aurait pu être facilement remplacé par un bon plancher et à peu de frais. Le bon Père ne manquait pas de bon goût et d'amour du beau et de l'ordre; ce qui le prouve c'est le soin qu'il mis dans la construction de l'infirmerie à l'Hermitage et surtout de la Chapelle, mais il avait encore plus l'amour de la pauvreté. Cette chambre si pauvre c'était pour lui, et c'est pour cela qu'il la voulait, qu'il l'aimait dans cet état.
Quand j'ai eu la permission de réparer la partie brûlée du vieux bâtiment construit par le P. Champagnat et ses frères, les maçons ont remarqué la solidité de ces murs sans chaux et ils n'ont démoli qu'un tiers à peine et le père Pont, maître maçon, m'a dit qu'on pouvait bâtir sans crainte sur ces vieux murs. Ceci me prouve que si le Père Champagnat allait à l'économie, il faisait cependant bien ce qu'il faisait.
Avant cette réparation, un bon vieillard de Lavalla passant par là le dimanche en allant aux offices déposait toujours son bâton dans la maison brûlée, manifestant à qui voulait l'entendre le regret qu'il avait de voir abandonnée une maison bâtie par celui dont il avait conservé un si religieux souvenir.
Objets ayant appartenus au bon Père... vénération des Frères venus du Nord et du Midi :
Le petit pensionnat de Lavalla possède le chapeau du P. Champagnat, sa ceinture et quelques autres objets dont il a fait usage. Le tout était dans un placard fait, m'a-t-on dit, par le Père lui-même. Lorsque les Frères du Nord ou du Midi viennent à l'Hermitage, tous, comme vous le savez, veulent voir le berceau de l'Institut et ils montent à Lavalla. Je me suis aperçu que, par de pieux larcins, le chapeau du Père s'écornait, se diminuait, sa ceinture diminuait de longueur, et que pour peu que cela durât tout allait bientôt disparaître. Alors j'ai fait mettre tous ces objets dans une vitrine fermant à clef et placée dans la chambre du Père. Je me rappelle avoir fait grand plaisir une fois à notre cher Fr. John partant pour visiter nos frères d'Océanie, en lui remettant un tout petit bout de la ceinture du P. Champagnat. Cet empressement des frères m'a toujours édifié et montré clairement la profonde conviction de ces bons confrères que le P. Champagnat était un saint du Paradis.
J'ai trouvé un jour un confrère de la maison une hache à la main pour mettre en pièces une vielle table à tiroirs qui n'était bonne en effet que pour le feu. Informations prises, c'était la première table des Frères faite par le Père Champagnat. Je l'ai fait mettre dans sa chambre et il est rare si, dans l'occasion, les frères du Midi ou du Nord n'y font pas quelque entaille pour en emporter un petit morceau.
Je suis, mon Révérend Frère Supérieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
Frère Gentien.
Izieux, le 24 mars 1886.
Note 1 : Le Frère ne s'est pas rendu compte que ces deux lignes (4-5) devaient être inversées, formant ensemble un distique :
"Jésus tout mon amour, Jésus tout mon bonheur,
de votre feu céleste, embrassez tout mon coeur".
Note 2 : Cf. Procès, Témoin Nº 24 (co-témoin 5), à la 33ème. session, Hermitage 22-09-1890.
Nº 28 : LETTRE DE MGR. BÉNIGNE DU TROUSSET D'HÉRICOURT, ÉVÊQUE D'AUTUN (SAÔNE ET LOIRE).
J'ai appris avec beaucoup de peine, mon cher Frère, la mort de Mr. Champagnat. Quoique le mauvais état de sa santé, dans ces derniers temps, m'eût disposé à cette nouvelle, je n'en suis pas moins affecté de la perte.
Sa tendre piété, son zèle, son dévouement me l'avaient rendu cher et me le font vivement regretter. Je me console néanmoins avec vous dans la confiance que sa fin édifiante, comme sa vie, lui aura fait trouver grâce devant Dieu et que du haut du Ciel il continuera à veiller sur son Institut.
Aussi j'aime à penser que formée par ses soins, soutenue par ses exemples et par ses prières, mais surtout constamment protégée par la Très Sainte Vierge, la Société des Frères de Marie accomplira son oeuvre, et j'espère que les dernières pensées de son respectable Fondateur pour accroître l'établissement de Vauban et hâter les résultats que je m'en suis promis, se réaliseront par une coopération active.
Il faut regarder, mon cher Frère, comme une chose à part le projet de Digoin. La détermination d'y avoir vos Frères est arrêtée. Les précautions sont prises pour y assurer leur existence et tout est disposé pour les recevoir. Seulement la maison destinée plus tard à leur servir de résidence n'est pas encore construite. Elle va l'être et c'est pour que les esprits restent invariablement fixés à l'idée que c'est la maison des Frères, qu'il importe qu'ils soient sur les lieux et en fonction.
Alors, il ne viendra à la pensée de personne d'appeler d'autres Instituteurs. Peut être en serait-il autrement si les Frères n'étaient pas déjà en plein exercice. J'insiste pour le succès de cette entreprise à ce qu'ils soient rendus à l'époque fixée par Mr. le Curé.
Bénigne, évêque d'Autun.
Note: Il est clair que cette lettre n'est pas de 1886. Elle a été adressée au R.F. François le 22 juin 1840, après la mort du Père Fondateur.
Cf. Procès, première des trois lettres de personnalités ecclésiastiques (45ème. session).
Nº 29 : ÉCRIT DU FRÈRE CONON, À ST GENIS-LAVAL (RHÔNE).
"Fr. Conon a fait une dissertation très longue, pour prouver que le Frère Jean-Baptiste connaissait très bien le Père Champagnat; personne n'en doute. Il y a certains faits où il aurait omis certains détails tenant du miracle. Si le cher Frère Jean-Baptiste a eu ses raisons de les passer sous silence, on doit respecter ce silence jusqu'à ce que l'autorité compétente se soit prononcée.
Celui qui a relevé ses attestations croit devoir donner cette explication, en s'excusant de n'y avoir pas inséré ce long rapport qui par moment s'écarte du sujet". - Le copiste.
Note de l'éditeur de ce recueil : Ayant trouvé la "longue dissertation" (manuscrit de 7 pages) du Frère Conon, dans un autre dossier de nos Archives, nous croyons opportun de la reproduire ici, parce qu'elle répond à la requête faite aux Frères par le R. Fr. Théophane (février 1886), de présenter des renseignements et des souvenirs sur la personne du P.Champagnat et sur nos origines, en vue de l'introduction de la Cause.
Frère Conon, comme le bon Frère Sylvestre et tant d'autres "anciens", ont certainement commencé tout de suite leur travail, mais pour les deux nommés, la mort empêchera qu'ils soient mis entre les témoins qui déposeront devant le tribunal diocésain.
En effet, Fr. Conon (Antoine Germain, né à Ampuis en 1821) est décédé à St.Genis, le 23 juin 1886, et le fameux Frère Sylvestre (Jean-Félix Tamet, né à Valbenoîte en 1819) mourra aussi à St. Genis, le 16 décembre 1887; il mourra, mais sa VIE du Fondateur, écrite en vue de l'introduction de la Cause et sous forme d'"Articles", se sauvera à l'état de manuscrit jusqu'en 1974...et en cette année 1992, elle vient d'être imprimée à Rome sous le titre suggestif: "Frère Sylvestre raconte Marcellin Champagnat".
V.J.M.J. St.Genis-Laval, le 16 mars 1886.
Mon Révérend Frère Supérieur,
J'ai relu de nouveau, avec beaucoup d'attention, la VIE de notre vénéré Père Champagnat, écrite par le Frère Jean-Baptiste, pour répondre à votre Circulaire du 2 février dernier, que vous avez adressée à tous les Frères, et particulièrement aux Anciens qui ont connu notre vénéré Fondateur.
Je puis dire que le Frère Jean-Baptiste a bien connu notre bien-aimé Fondateur. Tout ce qu'il en a écrit est exact. Le portrait qu'il fait de sa personne, de la manière dont il disait la ste Messe, dont il officiait à l'autel, à la chapelle, au Salve Regina le matin, est exact: ce que je puis dire pour l'avoir vu moi-même.
Les discours qu'il cite du Père, que j'ai entendus pour la plupart, sont exacts: ils sont admirablement fidèles, ils sont tellement bien conservés qu'ils paraissent presque textuels, sur tout ceux exprimés dans le Chapitre 2ème. sur son esprit de foi, dans le chapitre 3ème. sur sa confiance en Dieu, et aussi ceux sur son insistance à former les frères dans la piété et à la dévotion à la Ste. Vierge. En les lisant, il me semble voir et en tendre le Père nous parlant alors.
Le Père avait son genre à lui: il ne parlait pas pour phraser, comme le montrent ses discours. Il était simple, aisé, digne, noble même, et sa voix, forte; il était pénétré de ce qu'il disait. On l'écoutait avec une attention respectueuse, une avidité qui ne se lassait pas de l'entendre; on était touché, pénétré de ce qu'il disait.
Je puis ajouter que les paroles dites en différentes circonstances par le Père, et rapportées par le Fr. Jean-Baptiste, sont conformes à ce que j'ai entendu des "anciens" que j'ai connu, avec qui j'ai conversé.- J'ai connu les F.F. Bonaventure et Etienne, ils étaient mes maîtres au noviciat; le Fr. Louis qui nous donnait, les dimanches et les fêtes, une instruction sur les offices du jour, sur les cérémonie de l'église, et faisait une classe de civilité; les F.F. Laurent, Damien, Stanislas -sacristain et confident particulier du Père-; les F.F. Polycarpe -qui m'avait fait la classe lorsque j'étais petit-, Abrosime et Remi, avec qui je suis demeuré à Digoin, à St.Maurice; Gabriel -avec qui je suis resté à Thoissey, au Grand Lemps; Matthieu, à Frontonas; Joseph, Jean-Joseph, Marcellin, Arsène, Cassien, Pierre, Hippolyte, Benoît, Anastase, Apollinaire, Théophile, Marie, Alexandre, Louis-Bernardin, Alexis, Vincent, Eloi -ces derniers sont morts depuis peu d'années-.
Les Frères qui vivent encore et qui ont vécu avec le Père Champagnat, peuvent dire de même. Ainsi les F.F. Xavier, Marie-Jubin, Sylvestre, Marie-Lin, Euthyme. Modeste, Avit, Juste, Malachie, Marie-Stanislas, Basin, Bertin, Cariton, Camille, Castule, Chrysogone, Dacien, etc. ont accepté et acceptent, comme venu du Père Champagnat, tout ce qu'en a écrit le Fr. Jean-Bte. Aussi nos Supérieurs: Frère François, Frère Louis-Marie, puis le Frère Nestor, ont-ils tenu à rappeler, en toutes circonstances, surtout aux retraites annuelles, les enseignements de notre vénéré Père; et tous les Frères les ont reçus comme venant de lui, ce que vous avez cru devoir faire aussi, vous-même, mon Révérend Frère.
Cependant, je dirai que les choses extraordinaires, comme faveurs du ciel, n'ont pas été publiées, qu'on les a tenues cachées. Ainsi, le fait rapporté à la page 116 (volume 2), n'est pas complet: le merveilleux est omis.
Note: il s'agit du "Souvenez-vous" sur la neige, à La Chaperie, au flanc sud du Pilat, en février de 1823.
J'ai ouï dire que, lorsque le Père et le Frère Stanislas, le lendemain, après être sortis de la maison où ils avaient été si bien reçus, se dirigeant vers le clocher pour aller à la messe, à une certaine distance se retournèrent pour revoir la maison qui les avait abrités, ils ne la virent plus; qu'ensuite, en parlant à Mr. le Curé de Tarentaise de cette maison, Mr. le Curé leur dit qu'il n'y avait point de maison dans l'endroit qu'ils lui désignaient. Ce qu'on a pu taire par esprit de modestie propre au P. Champagnat.
Les même motif aurait fait tenir secrètes les faveurs obtenues par la vénération des reliques de St. Priscillien que l'on possède à l'Hermitage depuis 1845. - Encore le même motif aurait le silence sur l'exhumation du corps d'un jeune Frère, que l'on trouva parfaitement conservé dans le petit cimetière où il était enterré depuis une quinzaine d'années. Le Frère Pierre me l'a dit en 1852, en me montrant l'endroit où on l'avait trouvé ce corps. Il ajouta que l'on connaissait ce jeune Frère, et qu'on l'estimait comme un saint; mais qu'on ne voulait pas faire du bruit. Le Frère Tite actuel connaît le même fait.
Ce serait ici le lieu de dire que plusieurs de nos Frères ont laissé une mémoire de bienheureux, comme à peu près tous les Frères morts dans la Congrégation, mais, pour ne pas attirer l'attention publique, on n'en parle pas. Je dirai, cependant, que le Frère Vincent m'a assuré, un an ou deux avant sa mort, qu'il avait obtenu, par l'intercession du Frère Arsène, plusieurs faveurs, pendant qu'il était à Lavalla, et que c'était à lui qu'il s'adressait dans les difficultés.
Si ces Frères ont été des saints, vulgairement parlant, sans vouloir anticiper sur les décisions de la sainte Eglise, pour lesquels Frères on ne veut pas d'ailleurs les demander, il est certain que celui qui les a formés, qui leur a donné son esprit, son genre de vie religieuse, devait être un saint! Aussi le Père Champagnat a-t-il toujours été regardé comme un saint, et un saint d'une sainteté héroïque.
En effet, quel héroïsme de toutes les vertus ne lui a-t-il pas fallu pour commencer, presque sans ressource, sa Communauté, pour l'avoir fondée de 1817 à 1840, dans l'espace de 23 ans, d'une manière si profondément religieuse et si forte qu'elle s'est développée, malgré les embarras, d'une manière étonnante! Le doigt de Dieu est là. Dieu, qui s'est servi de lui pour telle oeuvre, l'avait rempli de son Esprit: c'était certainement un saint! ² sa mort, la Communauté se composait de 3 à 400 Frères (j'ai 247 pour mon numéro d'ordre), aujourd'hui elle se compose de 3600 Frères.
En 1840, à la suite de la retraite annuelle, les Frères se rendirent processionnellement au cimetière, en récitant le chapelet; on se plaça en files serrées de chaque côté, et le Révérend Frère Supérieur, Frère François, debout sur la tombe du Père, lut lentement le Testament spirituel de notre vénéré Fondateur, toute l'assistance étant religieusement recueillie. Ensuite, on se remit en procession: les chantres, divisés en deux choeurs, à une distance d'une cinquantaine de pas, auxquels s'unirent tous les Frères, chantaient le Salve Regina, l'Ave Maris Stella, l'Inviolata, en se répondant alternativement. Cette masse de voix, répétées par les échos de la vallée, produisait un effet admirable, mais qui ne troublait pas le recueillement. On rentra ainsi à la chapelle. On a fait de même les années suivantes. C'est ainsi qu'on a conservée vivante la mémoire du vénéré Fondateur.
Je ne sais, mon Révérend Frère, si je peux parler ici de ce qui me regarde. Entré au noviciat le 6 février 1839, je voyais fréquemment le Père Supérieur à la chapelle, au Salve Regina, à la méditation; il disait admirablement la Messe de Communauté. Au réfectoire, il mangeait avec les Pères Matricon et Besson, sur une petite table carrée, placée à quelques pas de celle des Frères; il y admettait parfois quelque prêtre étranger.
On faisait la lecture pendant le repas. La chaire du lecteur était placée contre le mur qui longe la rivière. Le Frère François était placé du côté du mur, et reprenait le lecteur au besoin; le Frère Louis-Marie était en face. Le Père reprenait parfois le lecteur, le faisait descendre de la chaire, et quelquefois le mettait à genoux, mais c'était rare: alors c'était pour corriger des jeunes étourdis. Souvent le Père faisait rendre compte de la lecture, le soir surtout, à la fin du souper.
Le Frère Colomban avait la faveur d'être souvent interrogé; je ne sais s'il le désirait. Le Père approuvait, complétait ou relevait ce qui n'était pas exact dans la réponse, ou ajoutait quelques réflexions au sujet de la lecture. Je me rappelle qu'une fois, il demanda au Fr. François-Xavier, qui avait fait une partie des études au Grand Séminaire, comment s'était peuplée l'Amérique, avant qu'elle fut découverte par Christophe Colomb. Le Père approuva la réponse, et y ajouta quelques réflexions dont je ne me souviens pas.
D'autres fois, il demandait à tel Frère où il était, ce qu' il faisait à telle heure. Le Père savait qu'on avait manqué au silence, ou qu'on ne s'était pas occupé. Il relevait la faute d'un ton, plus ou moins sévère, mais paternel, faisait une remontrance ou donnait une pénitence, ordinairement bien reçue de délinquant, à la satisfaction de tous les Frères, et l'on n'était pas tenté de s'attirer ces réprimandes.
Le Père avait l'attention à tout: d'un coup d'oeil il voyait ce qui se passait, le relevait s'il y avait lieu, comme il le fit à mon égard dans les deux cas qui suivent: - Un matin après déjeuner, il ne restait pas de soupe pour tous les cuisiniers. Le chef, Frère Bertin, me dit de prendre du pain et de m'en tremper une. Je vais chercher du pain et le coupe bien mince pour le mettre dans mon écuelle. Le Père passe alors et me dit: "Mon Frère, que faites-vous?". Je lui dis qu'il n'y avait pas assez de soupe et que je m'en coupais une. -Eh!, me dit-il, en me montrant du pain coupé, celui-ci n'est pas bon?.- Je me dépêchai à garnir mon écuelle avec ce pain coupé plus gros, comme il avait été coupé pour la communauté, et je n'eus pas envie de refaire.
Un autre jour, comme j'étais à écumer le bouillon, le Père passe. D'un coup d'oeil il voit où en est le bouillon. - "Vous écumez la graisse" me dit-il. "Mon Père, il vient encore de l'écume".- "Allons!", me fait-il, à demi-voix. Je comprends que je dois cesser d'écumer et de répliquer, ce que je fais immédiatement; en effet, le bouillon était assez écumé.
Autre fait : le lendemain d'une grande pluie, en arrivant au jeu de boules, nous trouvâmes le sac qui les contenait tout mouillé et tout terreux. ² la fin de la récréation nous mettons à couvert et je descends le sac pour le laver à la rivière. Elle était grosse et coulait à pleins bords. Je secoue mon sac quelques minutes, mais il m'échappe et le torrent l'entraîne. Je cours après, je ne peux le revoir. Après un moment de recherche inutile, je monte chez les Père et lui dis: "Mon Révérend Père, je viens vous demander une pénitence".- "Et pourquoi?". Je conte comment j'avais trouvé le sac des boules, et j'ajoutai que je pensais bien faire de le laver à la rivière, mais qu'il m'était échappé en le lavant. "Avez-vous cherché plus bas, au-dessous de la maison?" Après lui avoir dit que j'y étais allé et que je n'avais pu le trouver, il me dit: "La pénitence ne ramenera pas le sac. Vous vous mettrez à genoux pendant le Benedicité"; ce que je fis.
Pour moi le Révérend Père a été très bon, comme sans doute il l'était pour tous. Il me confia au Frère Bonaventure, qui m'avait connu lorsque j'étais tout jeune, et qui me voyait souvent en particulier. - ² la suite d'un refroidissement que j'avais pris en faisant le service au réfectoire, je fus obligé de garder le lit, à l'infirmerie, pendant quelques jours. Lorsque je fus remis, le Frère Stanislas, qui venait souvent voir les malades, me demanda un jour "si cela me ferai plaisir d'aller voir le Frère Polycarpe, à Perreux, pour faire la cuisine".
Le Frère Polycarpe m'avait fait la classe à Ampuis, et c'était grâce à ses bons catéchismes et aux soins de mes bons parents, que je m'étais conservé dans la pratique du bien et que j'étais devenu religieux. Je répondis au Frère Stanislas qu'il ne pouvait m'annoncer une nouvelle qui me causât plus de plaisir. - "N'en dites rien", me dit-il, "dans quelques jours le bon Père va vous envoyer à Perreux", où j'allai effectivement le jour de la St Jean-Baptiste. On m'accompagna jusqu'à Valbenoîte; le Frère Joseph, cuisinier chez les Pères, me reçut très bien. Il m'avait connu lorsque j'étais tout jeune; il me donna un bon lit. le lendemain il me fit bien déjeuner, et je partis pour Perreux. J'y ai passé d'heureux jours jusqu'aux vacances, avec les F.F. Polycarpe et Agape. Ils ont été contents, je crois, de moi, et j'étais content d'eux. Là, tout en faisant ma petite cuisine, je dévorais les livres de la bibliothèque, dont une partie avait été donnée par Mr. Moine, curé, mort depuis peu.
Autre attention du vénéré Fondateur pour moi, attention qu'il avait sans doute pour les jeunes Frères. Après la retraite de 1839, je fus nommé pour faire la petite classe à Thoissey (Ain), avec le Frère Gabriel pour Directeur. Il était aussi d'Ampuis, je connaissais ses parents, et il me connaissait. Il était entré dans la Communauté vers l'âge de 13 ans. Il avait passé à St.Paul-3-Châteaux pour son exemption. Il pouvait avoir alors 23 ou 24 ans; moi, j'en avais 18. Il était habile maître, plein de dévouement: il faisait parfaitement la classe, il me formait aussi à bien faire ma classe. - M. Reybert, inspecteur dans l'Ain, qui a passé ensuite dans le Rhône, après une longue inspection de l'école de Thoissey, lui exprima sa satisfaction et sa haute estime, pour la manière dont il faisait la classe et pour le progrès de ses élèves, estime qu'il manifesta hautement au Comité d'arrondissement, à la sous-préfecture de Trévoux, comme nous l'apprîmes plus tard. - Je fus donc formé par cet habile maître, et je fis bien ma classe, qui était pleine et pénible. Lorsque les vacances de 1840 arrivèrent, j'étais épuisé, car nous logions à St. Didier, nous y prenions nos repas, et nous allions faire nos classes à Thoissey. C'est là que nous reçûmes la nouvelle de la mort de notre cher Fondateur, en juin 1840. Mr. Ducret, curé, dit le lendemain la Messe pour le repos de son âme: c'était le lundi de l'octave de la Fête-Dieu. Nous fûmes profondément affligés, mais résignés, et nous avons continué notre vie de régularité et de dévouement.
Mon Révérend Frère Supérieur, nous pouvons dire : que Dieu s'est servi de notre vénéré Père, comme d'un bon et fidèle serviteur, pour former notre nombreuse Société de modestes et dévoués Instituteurs de la jeunesse, entièrement soumis aux Pasteurs de l'Eglise; qu'il avait l'esprit de Dieu pour cette grande oeuvre si nécessaire à notre temps; que tous nos Frères avaient de lui cette haute estime.
Je me rappelle qu'en confession, il nous portait à la vertu, à l'amour de Dieu, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la confiance en la Sainte Vierge, avec tant de douceur et de force, qu'on en était tout pénétré losqu'on sortait d'auprès de lui. J'ajouterai que la fondation de notre Congrégation, son établissement, son développement, les bénédictions que Dieu a répandues sur elle, doivent être attribuées, je crois, à la sainteté de notre vénéré Père, à sa prudence, à sa justice, à sa tempérance et à ses vertus morales qu'on pourrait dire héroïques.
Mon Révérend Frère, je termine cette longue lettre en vous exprimant la joie que nous éprouvons tous, des démarches que vous faites, pour obtenir la Béatification de notre cher Fondateur, le Père Champagnat. Il est bien temps de faire prendre les informations d'usage pour ces causes: les Frères qui ont vécu avec lui deviennent peu nombreux.
J'espère que cette Cause aboutira. Ce sera pour tous les Frères une grande joie, une grande consolation, et un puissant encouragement de se pénétrer de plus en plus des enseignements de notre vénéré Fondateur et de les mettre en pratique, dans ces malheureux temps que nous traversons, où ils sont portés à se relâcher de bien faire le catéchisme, par suite des nombreuses matières qu'ils doivent enseigner.
Mon Révérend Frère Supérieur, je vous présente mes très humbles respects, et suis Votre tout dévoué et très obéissant serviteur,
FRERE CONON.
Nº 30 : LETTRE DE MR. FRANÇOIS COURBON, PROPRIÉTAIRE À MARLHES (LOIRE).
Je soussigné François Courbon, propriétaire actuel du domaine des Champagnat, déclare avoir reçu la visite de l'abbé Champagnat à Verrières et dans le court entretien que j'ai eu avec lui, j'ai reconnu le saint prêtre et le zélé missionnaire. Mon père, qui était son camarade d'enfance, me disait souvent: Marcellin était un enfant qui n'a jamais connu le mal, il ne s'est jamais écarté du droit chemin; il était tout au contraire le modèle des autres enfants par sa piété, sa modestie, son humilité.
Je puis dire que des centaines de personnes m'ont parlé de l'abbé Champagnat comme d'un saint: il possédait toutes les vertus, ses exemples et ses exhortations entraînement vers le bien les jeunes et les vieux; il savait relever le courage de tout le monde par des paroles pleines de foi et de confiance en Dieu.
Je ne puis m'empêcher de rappeler ici le bonheur que j'ai éprouvé aux vacances de 1880, lorsque le Noviciat de l'Hermitage vint faire son pèlerinage au Rozet: en voyant l'amour de ses jeunes novices pour les lieux sanctifiés par leur pieux fondateur et leur désir d'emporter quelques souvenirs du Rozet, je me pris à pleurer et je me dit: ces enfants sont élevés dans de trop beaux sentiments pour ne pas les satisfaire, et me saisissant d'une hache je mis en lambeaux un panneau de la porte d'entrée de la maison paternelle, afin de satisfaire leurs pieux désirs.
Actuellement encore on ne trouverait pas une personne d'un certain âge à Marlhes ou dans les environs qui n'ait en vénération ce saint prêtre qui fait l'honneur de nos montagnes.
Courbon.
Certifié digne de foi. Granottier, curé.
Notes: 1) Cette même lettre, reportée au Procès parmi les écrits reçus à la 45ème. session, porte la date du "29 mars 1886" et l'original a dû être remis au Tribunal... - 2) Ce M. François Courbon, propriétaire de la Ferme Champagnat au Rosey, ne doit pas être confondu avec M. François Courbon, le témoin direct (Nº 45) au Procès, (session 36).
Nº 31 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ COURBON, CURÉ DE ST RÉGIS-DU-COIN (LOIRE).
Je soussigné Régis Courbon, né le 7 mars 1814 à St Genest- Malifaux, curé de St Régis-du-Coin, déclare avoir entendu parler souvent de l'abbé Champagnat par des personnes qui l'ont connu pendant ses études et ses vacances du petit et du grand séminaire, et toutes se sont accordées à dire que le jeune Marcellin était irréprochable sur tous les rapports; bien plus, les vertus de l'Apôtre se manifestaient par de bons conseils, des catéchismes, une haine pour tout ce qui est mal; il ne pouvait voir l'offense de Dieu sans adresser de vertes réprimandes à ceux qui s'oubliaient. Il aimait à instruire les enfants ignorants, il avait toujours un bon mot pour ceux qui se décourageaient.
En un mot, je puis dire de l'abbé Champagnat qu'il a fait du bien à Marlhes et que sa mémoire est en vénération dans tout le pays des environs.
En foi de quoi, j'ai soussigné la présente déclaration.
Fait à St Régis-du-Coin, le 25 mars 1886.
Courbon, Curé.
Nº 32 : LETTRE DE MR. JACQUES PEYRON, PROPRIÉTAIRE À RÉCHIGNY, MARLHES (LOIRE).
Je soussigné Jacques Peyron, propriétaire à Réchigny, commune de Marlhes, certifie, pour rendre hommage à la vérité, avoir parfaitement connu le Vénéré Père Champagnat, dans ma paroisse. Quoique jeune à cette époque, il me semble le voir encore, au choeur de notre église, pendant les offices divins, prosterné et absorbé dans la profondeur des mystères qui se célébraient sur l'autel. Tous ceux qui étaient à même de l'observer étaient édifiés de l'humble contenance de ce jeune abbé, et il n'en était aucun de ceux qui le connaissaient et étaient à portée de pouvoir l'observer, qui ne fussent édifiés de son humilité profonde et de sa piété dans le lieu saint et même ailleurs; j'en rends moi-même ce témoignage.
Une fois arrivé au sacerdoce je ne le vis plus. D'ailleurs, pendant mes jeunes ans, je m'étais éloigné de ma paroisse pendant 6 ou 7 ans. Et je ne pouvais entendre parler de lui et des progrès qu'il faisait d'un nouvel Institut, que par relation; je m'étonnais d'apprendre que, pendant l'absence que j'avais faite de ma famille, il eût pu organiser et édifier un si vaste établissement à Lavalla et recueillir un si nombreux personnel de novices.
Quant à la famille du Père Champagnat, elle était elle-même très édifiante: la mère était une très vertueuse femme qui avait donné à ses enfants de très bons principes, et ils avaient répondu aux conseils de leur mère; un d'eux était meunier, et il ne pouvait répondre aux pratiques qui l'accablaient. Pour le père Champagnat (Jean-Baptiste), cousin du fameux Ducros, il a eu la faiblesse de se rendre à ses opinions, mais il n'a fait aucun acte qui pût prouver qu'il fût imbu des procédés républicains, et il est mort dans de très bonnes dispositions.
En foi de quoi, je fais la présente déclaration pour lui valoir devant qui de droit.
Fait à Réchigny, le 7 mars 1886.
Peyron, âgé de 88 ans.
Je soussigné certifie que Jacques Peyron jouit parfaitement de toutes ses facultés intellectuelles et mérite toute confiance; néanmoins son appréciation sur la conduite et les convictions républicaines du père de Mr. l'abbé Champagnat est toute personnelle. Cette conduite et ces convictions sont, en effet, généralement jugées d'une manière très sévère et à bon droit. On en trouve les preuves dans les registres du conseil municipal de cette époque, que tout le monde peut consulter.
Marlhes, le 29 du mois de mars 1886.
Granottier, curé de Marlhes.
Note: Cette lettre fait aussi partie des 4 Écrits de gens de Marlhes passés au Tribunal (session 45).
Nº 33 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ MANDIER, CURÉ DE BEAUFORT, (ISÈRE).
Je soussigné, curé de Beaufort, diocèse de Grenoble, déclare qu'étant vicaire de St-Symphorien d'Ozon (Isère), j'ai eu l'honneur de recevoir la visite de R.P. Champagnat, fondateur de la Société des Frères Maristes, alors qu'il faisait sa visite à ses Frères, établis à St-Symphorien d'Ozon, dans l'année 1837, et que dans cette visite j'éprouvais de vives impressions sur la piété et la sainteté de ce V. Père Champagnat.
Beaufort, le 11 Mars 1886.
Mandier, prêtre.
Nº 34 : LETTRE DE MONSIEUR LE CURÉ D'USSON (LOIRE).
Usson, le 2 octobre 1888 (*)
Très Révérend,
Je suis confus, mon Révérend, de mettre tant de retard à vous donner quelques notices sur le Père Champagnat. Mais ces notices me paraissent si insignifiantes, que je ne les croyais pas dignes d'être relatées sur le papier. Cependant, pour vous être agréable, je vous dirai ce que j'ai entendu de la bouche même des témoins oculaires.
C'est la soeur Rosalie qui parle; elle appartenait au couvent de Lavalla qui envoyait toutes les semaines une soeur pour raccommoder les Frères.
Un après-midi, me disait-elle, je me rendais à la chapelle pour faire une visite au St Sacrement. Je me plaçai derrière la grille. Je me croyais seule quand, levant les yeux, j'aperçus le Père Champagnat à genoux devant une image de la Vierge. ² son attitude extraordinaire, à sa figure illuminée, à ses yeux fixes, à la pose de son corps qui était immobile comme une statue, je compris qu'il était en extase. De ce moment, je ne m'occupai plus de mon adoration, je fus moi-même en extase sur le Père. Combien dura cette extase, je n'en sais rien. Probablement, plus d'une heure. Enfin, elle se termina par un mouvement du saint homme, qui baissa les yeux, fit une profonde inclination à Marie et se retira.
Je ne saurais dire ce qui se passa en moi, pendant ces heureux instants. J'étais tout à la fois, hors de moi-même et émerveillée. J'avais regardé le Père comme un saint; à partir de ce moment, j'en fus complètement convaincue.
Monsieur Marconnet, instituteur à St Romain-les-Atheux, où j'étais vicaire, et l'un des huit premiers novices de l'Institut, me racontait un jour le fait suivant: - Dans les commencements de l'Institut, nous mourrions littéralement de faim. Un jour, me disait-il, dévoré par une faim canine, j'aperçus sous un lit des pommes de terre cuites. La mousse et la moisissure qui les enveloppaient me disaient assez qu'elles n'étaient pas cuites du matin, n'importe, ventre affamé n'a pas d'oreilles. Je m'étendis à plat ventre, j'en saisis un certain nombre que je dévorai à l'instant. Le Père Champagnat le sut et vit dans cette action une infraction à la règle. Il me fait appeler et m'inflige trois jours d'arrêt en punition de ma gloutonnerie.
Si cette punition paraît rigide, elle prouve au moins que votre Vénérable Fondateur ne transigeait pas avec les règlements.
Je serais heureux, mon Révérend, que ces petites notices vous servent à quelque chose et qu'elles aident à prouver la sainteté de votre Fondateur.
Chappard, curé d'Usson et enfant de Lavalla, témoin auriculaire.
Note: - La date de cette lettre -2 octobre 1888- est bien claire sur l'original, mais ne figure pas sur la transcription. La lettre ne devait donc pas être inclue dans cette série de réponses reçues en 1886, mais plutôt parmi celles remises au Tribunal pendant le Procès... - Pour le cas de M. Chappard, témoin appelé et non comparu, voir ses autres lettres ci- après ( N.41, 11-X-1888, et N.43, 01-XI-1889) et la note à la fin de la 3e. session.
Nº 35 : LETTRE DE MR. L'ABBÉ BERNE, VICAIRE À ST POTHIN, LYON.
Il y a quelques jours, un de vos Frères est venu me demander ce que j'avais pu apprendre concernant le P. Champagnat, pendant mon séjour de deux années à Lavalla comme vicaire. Je lui ai répondu que je n'avais connaissance à ce sujet d'aucun fait miraculeux, mais que j'avais toujours été touché de la profonde vénération des gens du pays à l'égard de votre vénéré Fondateur. Il m'avait été dit que les habitants de Lavalla, surtout les anciens, saluaient de la route de St Chamond la tombe du P. Champagnat.
Ce fait je l'ai constaté moi-même. Plus d'une fois, voyageant en compagnie de quelques bons paroissiens, je les ai vus se découvrir, lorsque nous passions devant le clos de l'Hermitage. C'était évidemment la meilleure preuve de la réputation de sainteté laissée par ce vénéré Prêtre.
Aussi, mon T.R. Frère Supérieur, j'unis mes voeux aux vôtres pour qu'il plaise à Dieu d'élever celui qui s'est tant abaissé, en lui faisant discerner par l'Eglise un culte public et solennel.
L'Abbé Berne
Lyon, le 23 Octobre 1886.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 53 (co-témoin 34), à la 37ème. session, Lyon 15-10-1890.
Nº 36 : LETTRE DE MR L'ABBÉ ROBITAILLE, DOYEN DU CHAPITRE D'ARRAS (PAS-DE-CALAIS)
Le très Révérend Père Champagnat est venu à St. Pol en 1837, pour y fonder, à ma prière, une école primaire dirigée par les Petits Frères de Marie.
J'ai donc eu l'occasion de connaître ce bon religieux, qui m'a paru aussi plein de modestie et de simplicité que de zèle pour la gloire de la religion et l'instruction des enfants. Il désirait vivement la reconnaissance de l'oeuvre des Petits Frères de Marie par le Gouvernement et me pria de lui venir en aide pour atteindre ce but. Je lui promis volontiers mon concours auprès de quelques personnes haut placées, avec lesquelles j'étais en rapport. Mais ce ne fut que plusieurs années après qu'on obtint cette faveur.
18 Octobre 1886.
L'Abbé Robitaille, doyen d'Arras.
Note: Grand ami du Père Champagnat, l'abbé Robitaille reçut 2 lettres (en 1838 et 1839) de la main du Fondateur, et de sa part et peu avant de mourir (1886), l'abbé nous envoya son témoignage.
C'est curieux! Le recueil de Lettres-Témoignages 1886 qui se trouve aux Archives nomme ce prêtre: M. l'abbé Robisaitte!.
Nº 37 : LETTRE DE MR. MOULIN, DOCTEUR EN MÉDECINE, À BOURG-ARGENTAL (LOIRE).
Je soussigné, Docteur en médecine, domicilié à Bourg- Argental (Loire), certifie, que le Révérend Père Champagnat, fondateur de la Congrégation des Maristes, a toujours joui d'une réputation de sainteté, que son zèle et son dévouement lui avaient concilié l'estime et l'admiration des personnes non seulement du clergé, mais du monde où il était connu.
Bourg-Argental, le 15 Octobre 1886.
Moulin, docteur en médecine, âgé de 80 ans.
Nº 38 : LETTRE DE MME. SÉRIZIAT, À LYON.
Je me souviens toujours du bon Monsieur Champagnat, qui m'a préparé à ma première communion, en 1817: c'était la première fois que ce Monsieur eut le bonheur de préparer des enfants à la première communion.
Je n'oublierai jamais l'exhortation si touchante qu'il me fit, avant de me donner, pour la première foi la sainte absolution. On sentait sa foi vive dans ses paroles ardentes; il semblait que son âme tout entière se débordait sur ses lèvres.
Il faisait le catéchisme en surplis, se tenant au milieu de nous, dans l'espace qui nous séparait des garçons. Tout le monde avait les yeux fixés sur lui. Il était sévère pour celles ou ceux d'entre nous qui ne savaient pas leur catéchisme, mais aussi, il était très juste.
Le bon M. Champagnat faisait assez souvent le pèlerinage de La Louvesc, à pied, par les montagnes. ² son retour, qui avait lieu pendant la nuit, il se mettait à genoux sur le degré de la marche de la porte extérieure de l'église et, nu-tête, il adorait le St.Sacrement, attendait ainsi l'ouverture de l'église pour pouvoir célébrer la Ste Messe. Je l'ai souvent vu moi-même dans cette humble posture et ce souvenir restera toujours gravé dans ma mémoire.
Je me souviens encore du zèle avec lequel, il assista un jeune homme du hameau de l'Ayat, qui mourut après deux mois d'une cruelle maladie. Ma bonne mère le veillait toutes les nuits. Souvent, M. Champagnat l'aida à soulager ce pauvre jeune homme en lui procurant quelques objets nécessaires, dans le triste délaissement où sa mère le laissait.
Ce bon Monsieur Champagnat, dont la charité était si grande, suivait tous ses enfants spirituels dans leur conduite à travers le monde. Il demandait très souvent à ma mère si je me conservais sage. Plus tard, quand je suis venue habiter Lyon, il ne plaignait pas son temps pour venir me voir, me donner de bons conseils et m'encourager à suivre la bonne voie. Aussi, chaque jour, je l'invoque dans mes prières; j'ai en lui la plus grande confiance et je croix que j'ai reçu de lui de grands secours.
En foi de quoi, je donne la présente attestation, regrettant de ne pouvoir donner de plus amples détails sur cet homme si universellement aimé et respecté à Lavalla.
Mme Sériziat.
J'ai l'honneur de certifier que Madame Sériziat jouit pleinement de ses facultés, et que son témoignage est parfaitement acceptable.
Lyon, le 11 octobre 1886.
Chabannes, curé de St Polycarpe.
Note: Cf. Procès, écrit du témoin Nº 58 (co-témoin 39), à la 38ème. session, Lyon 22-10-1890.
Nº 39 : (ON N'A PU REPÉRER AUCUNE LETTRE, AVEC CE Nº D'ORDRE DANS LES DIVERS CATALOGUES QUI SONT AUX ARCHIVES).
Note: la fameux Cahier de "Lettres-Témoignages de 1886" qui se trouve aux Archives AFM finit avec la lettre nº 38 et contient à la suite un long écrit du R. Fr. Théophane que je ne transcrit pas. Mais le recueil de l'Hermitage inclut un autre témoignage que je copie à la suite.
Nº 40 : LETTRE OU ÉCRIT DE L'ABBÉ JEAN-MARIE BOIRON, ORIGINAIRE DE LAVALLA ET CURÉ À COLLONGES (RHÔNE).
(Monsieur),
Je n'ai pas à apporter des documents importants à la Cause que vous instruisez. Je vous dirai simplement ce que mes souvenirs me rappellent.
Pendant mon enfance, j'ai entendu parler souvent du Père Champagnat, dans des termes tels de vénération et d'admiration, que ces diverses appréciations avaient placé bien haut dans mon estime le P. Champagnat et qu'ils en faisaient dans ma jeune imagination, un prêtre extraordinaire, un prêtre à part.
J'ai ouï dire notamment combien les commencements de son oeuvre furent durs, et combien son courage fut persévérant. Les humiliations qu'il a dû subir dans la personne de ses premiers novices, éléments grossiers et incultes, et les privations de tous genres qu'ils ont partagées ensemble, alors que les bonnes femmes de Lavalla, émues de pitié, se cachaient de leurs maris pour leur apporter quelques provisions alimentaires. J'en ai conclu, en y réfléchissant plus tard, que les éléments humains n'avaient pas été la base de sa fondation.
En ce qui me concerne, j'ai deux faits personnels à signaler: - Le premier c'est la vénération de mon père pour le Père Champagnat. Il n'en parlait jamais qu'avec un pieux respect. Ce témoignage a une valeur d'autant plus grande que mon père, comme chantre et ami du clergé, l'avait approché de plus près.
Voici le second: Il me souvient qu'étant jeune élève, notre professeur de manécanterie, (il y a avait une manécanterie à cette époque, à Lavalla), nous conduisit sur la tombe du Père Champagnat, à l'Hermitage. Nous considérions cette visite comme un pèlerinage et une faveur signalée. Quand j'y pense, je suis encore sous l'impression de l'atmosphère religieuse qui m'enveloppa à cette heure, et je me rappelle qu'en m'agenouillant sur sa tombe, je n'eus pas d'autre pensée que de l'invoquer comme un saint.
Ce fait se passait en 1851 ou 52 et semble consacrer, une fois de plus, l'opinion reçue à cette date sur la sainteté du Père Champagnat.
Je vous livre ces circonstances, non pas parce qu'elles sont plus importantes, mais parce qu'elles me sont plus familières.
M. Boiron.
Note: Cf. Procès, Témoin Nº 54 (co-témoin 35), à la 38ème. session, Lyon 22-10-1890. - Les deux témoignages sont identiques, mais cet original n'étant pas daté, il est difficile de savoir si c'était une lettre préparée déjà en 1886, comme le recueil de l'Hermitage permet de supposer.
-
Note conclusive : Les manuscrits originaux des 40 "lettres-témoignages" qui précèdent, (exception faite des Nº 1, 17, 20, 21, 23, 28, 30, 32, 35, 36 et 37), se trouvent à Notre-Dame de l'Hermitage, dans un dossier intitulé "Témoignages 1886". Il est vraisemblable que les originaux qui manquent correspondent, soit à des "écrits" remis au Tribunal (Nº 17, 20, 21, 23, 30, 32), soit à des lettres reçues par les autorités maristes en des dates (années) différentes.
Pour être fidèles au titre de cet APPENDICE I, il faudrait exclure de ce groupe les lettres Nº 28 et 34 et y inclure une lettre du Fr. Gérasime qui se trouve dans les Actes du Procès et porte comme date: 23-02-1886. (Cf. Procès, 16ème. session).
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APPENDICE
LETTRES - TÉMOIGNAGES REÇUS PENDANT LE PROCÈS
Voici encore 7 (sept) autres lettres et/ou témoignages reçus au cours du procès informatif et qui fournissent aussi quelques données, soit sur la personne et la renommée de sainteté du Père Champagnat, soit sur la situation personnelle de quelque co-témoin que le tribunal diocésain veut citer et examiner d'office.
Nº 41.- LETTRE DE L'ABBÉ CHAPPARD À M. JEANNEROT, VIC. GÉN. PRÉSIDENT DU TRIBUNAL DIOCÉSAIN.
Monsieur le vicaire général,
Je reçois à l'instant la lettre de convocation au sujet de la béatification du Père Champagnat. Je ne puis m'y rendre à cause d'un asthme catarrheux aggravé par le mauvais temps. Je ne puis, sans imprudence, me mettre en voyage.
Toutefois, je certifie, même avec serment, s'il est nécessaire, que les deux faits relatés dans ma notice sont véridiques. Je les tiens des témoins oculaires.
Veuillez, s'il vous plaî